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22 février 2018

Willy Lefèvre, la fièvre du blogueur de livres - Ecoutez Willy Lefèvre au micro d’Edmond Morrel

"Les Plaisirs de Marc page" , un blog de Willy Lefèvre

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Il s’appelle Willy Lefèvre sur Facebook, mais vous le connaissez peut-être sous le pseudonyme de Marc Page dont il signe les articles de son blog , une identité qu’il a choisie par goût du jeu de mot mais aussi pour signifier sa passion : les livres ! Il les dévore comme le rat de bibliothèque dont la photographie illustre le blog, il ne s’en rassasie jamais. C’est un lecteur qui fonctionne au coup de coeur : si un livre l’a séduit, il peut en vanter les qualités à longueur de publications sur son facebook. Il a l’art de mettre en scène les couvertures des livres qu’il photographie dans les lieux qui peuvent l’évoquer : ainsi une boulangerie pour son roman fétiche ("Zoé" de Alain Cadéo), la plage de la Mer du Nord (pour "L’année dernière à Saint-Idesbald" de Jean Jauniaux, ou un restaurant corse de Bruxelles pour "La femme qui ne voulait plus faire l’amour" de Pierre Kutzner) ).

Nous l’avons rencontré chez lui, à Bruxelles. Les murs de son appartement sont tapissés de livres, lus, relus, à lire... J’aurais dû le mettre en garde contre l’invasion des livres en lui suggérant la lecture de "L’amateur d’escargots" une nouvelle de Patricia Highsmith. Mais je suis sûr que dès la fin de la lecture de ces quelques lignes, Willy Lefèvre va se précipiter dans une librairie et dévorer ce recueil qui rejoindra le mur "auteurs anglo-saxons".... Ecoutons ce diable d’homme-livre nous raconter les aléas qui l’ont conduit à cette passion dévorante qu’il partage avec autant de bonheur que d’enthousiasme avec ses visiteurs, réels ou virtuels...

Edmond Morrel le 18 août 2015

Ecoutez Willy Lefevre au micro d Edmond Morrel (36.8 Mo)

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Pour découvrir "Un nouveau livre dans la bibliothèque du rat "

 

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21 février 2018

Alain Cadéo nous fait découvrir quelques pages de son nouveau tapuscrit (Lecture 1)

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20 février 2018

Alain Cadéo lit un extrait du recueil "For intérieur" de Thierry Werts aux éditions Pippa. "Tochni - Chypre"

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18 février 2018

"Le bel inutile a la valeur de ce qui ne prétend pas s'imposer..." Un billet d'Alain Cadéo Février 2018

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13 février 2018

L'almanach 2018 Larousse des amoureux des mots : pour découvrir chaque jour un mot, une étymologie, une astuce d'orthographe, une expression francophone, une information insolite, une citation décalée... Wendy Bouchard & Bernard Fripiat - Larousse - 2018

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Au fil des jours, des explications sur un mot ou sur une expression, une citation et une astuce d'orthographe.

 

A l'heure des textos et autres billets lancés via les messageries, fleurir nos messages de petites anecdotes égaiera ceux-ci. 

Pour découvrir chaque jour : un mot, une étymologie, une astuce d'orthographe, une expression francophone, une information insolite, une citation décalée...

Jour après jour, en 365 étapes, parcourez le beau pays de la langue française et redécouvrez ses nombreuses richesses : vestiges de langues anciennes, trésors d expressions amusantes, paysages aux sens variés.

Amusez-vous avec une langue toujours vivante et alerte ! Réjouissez-vous des devinettes savantes (Qui a dit ?), des interrogations ludiques (Pourquoi dit-on ?) et des révisions malicieuses d'orthographe et de grammaire (Astuce du jour), qui raviveront votre mémoire semaine après semaine.

Cet Almanach des amoureux des mots convie, aux côtés des grandes plumes de la littérature française, les citations des jongleurs de mots que sont les humoristes aussi bien que les rimes des chansonniers, tendres, joyeuses ou nostalgiques.

Le temps d'une année complète, promenez-vous au merveilleux pays des mots en faisant de chaque jour un moment d'inoubliables rencontres.

 

Wendy Bouchard, 37 ans, est journaliste et présentatrice à Europe 1 et sur France 3, où elle est actuellement en charge d'émissions culturelles après avoir animé, pendant quatre ans, Zone interdite sur M6. Elle est passionnée par l'histoire de la langue française et des chansons.

Bernard Fripiat, 57 ans, est historien, féru de linguistique, auteur et comédien. Chaque dimanche, il anime sur Europe 1 une chronique dédiée au mot de la semaine, il est scénariste de la web-série orthogaffe.com et l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à la langue française, entre autres (l'Orthographe, 99 trucs pour en rire et la retenir, éditions Gunten).

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11 février 2018

Les égarés – Edith Soonckindt – éditions MaelstrÖm - 50 pages – Janvier 2018

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Ceci est une ville écarquillée, effarée, démantelée, une ville belle par endroits, à d’autres elle est sale, une capitale usurpée de l’Europe, qui aurait facilement le culot de se prendre pour le centre du monde.

Ainsi débute ce troisième bookleg…

Tiens, d’où vient ce terme, au juste, introuvable lors de ma première recherche dans mes dictionnaires ?  Nulle trace dans le dernier Larousse 2018 non plus. Seules les mentions book et bookmaker se collent l’une à l’autre sans laisser de place à ce fameux bookleg…

Harrap’s ne m’éclairera pas d’avantage. Et laissant alors ma curiosité quitter mes sources habituelles, je glisse vers Google et, sitôt la recherche entamée, je découvre sur le site du journal Le Parisien l’explication suivante : « Les booklegs sont les livrets d'action poétique créés par les éditions Maelström. »

Maelström, des voisins… Comme quoi !

Revenons à nos moutons… car il n’est nullement questions ici de « boucs » !  

Ces booklegs… « Ils sont réalisés dans l’esprit des vieux bootlegs musicaux, destinés à être les témoins d’un moment de partage des textes d’un auteur avec un public. De format "de poche", ils sont vendus à un prix de 3 euros et le plus souvent hors des circuits habituels de vente du livre : essentiellement lors des lectures et performances des auteurs (à qui Maelström retourne 1 euro sur chaque exemplaire). En Belgique, en France et au Québec quelques libraires (une vingtaine pour le moment) ont désiré les vendre, mais il a toujours été demandé à ce qu'ils s’engagent à permettre aux booklegers, aux auteurs, de faire des lectures dans ces lieux. »… http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Bookleg/fr-fr/

Mais je m’égare peut-être… que nenni !

L’auteure Edith Soonckindt me proposant à la lecture ce nouvel opus « farfelu » et présenté comme tantôt absurde, tantôt poétique, je me laisse glisser par les premiers mots, emporter par les premières phrases, envelopper par les premières pages… découvrant une journée insolite - ou pas - vue par sept de ses amis aux quatre coins du monde…

 

Une journée et un dimanche… comme aujourd’hui !

Quant au dimanche, me demanderez-vous, que se passe-t-il le dimanche, pour ces sept individus (plus une narratrice) ?

 

Elle a trié ces données et tenté d'en déduire des statistiques mondiales. Le résultat, un récit dans lequel s'immisce un Japonais inconnu, parlant de ces quatre coins du monde, mais surtout de Bruxelles, centre névralgique et ville de tous les possibles.

 

Faites comme moi, découvrez…

Amusant !

 

 

 

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09 février 2018

L’ESPRIT DU LOUP – ALEXEÏ VARLAMOV – éditions LOUISON – 563 pages – Février 2018

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Traduit du russe par Julia Chardavoine & Paul Lequesne

 

Au début du XXe siècle, Oulia, 15 ans, éprise de liberté, adore courir dans la forêt de Vyssokie Gorbounki, où elle passe ses étés avec son père, l'ingénieur Vassili Komissarov. Mais, dans ce petit village, l'atmosphère est sombre et inquiétante. L'esprit du loup rôde et se propage comme une épidémie. Un récit qui évoque le tsarisme, le début de la révolution et la Première Guerre mondiale.

 

« L'âge d'argent fut une époque trouble, extrêmement riche, incroyablement passionnante, qui ne fut pas balayée par des forces extérieures comme il est coutume de le penser - la révolution, la guerre civile, le totalitarisme -, mais qui se saborda elle-même, en se livrant aux crocs d'une bête sauvage, mauvaise, jalouse. Comment et pourquoi cela est arrivé, quelle était cette bête, quels étaient les amours, les espoirs, les peurs des hommes de ce temps, contre quoi luttaient-ils, pourquoi et contre qui ont-ils perdu - voilà à peu près de quoi parle mon livre. S'y mêlent personnages aisément identifiables ou non, événements fictifs ou historiques, amour, jalousie, assassinats et trahisons. En ce dernier été, entre sécheresse terrible et incendies de forêt, la nature se révolte contre l'homme pour l'empêcher de commettre ce suicide que fut la guerre. »
Alexeï Varlamov

 

Dès les premières pages, nous sommes saisis par la transformation qui s’opère dans la jeune Oulia, son regard sur le monde, la retenue qui s’opère en elle pour mieux cerner tout ce qui l’entoure.

 

Vassili Khristoforovitch Komissarov ne se rendait jamais aux Vyssokie Gorbounki que l’été, car le reste du temps, il travaillait comme ingénieur-mécanicien à l’usine Oboukhov et, à la campagne, s’ennuyait tellement de ses machines qu’il occupait presque tout son temps à réparer celles, bien plus frustes, des paysans. Il n’acceptait aucun argent, en revanche, il avait toujours au petit-déjeuner des œufs frais, du lait, du beurre, de la crème et des légumes, si bien que son visage au teint terreux et maladif rajeunissait, reluisait, se colorait de rose et s’arrondissait encore, ses fortes lèvres perdaient leur carnation jaunâtre, tandis que ses yeux d’Asiatique s’étrécissaient, affichant un air satisfait sous des paupières gonflées. Ce regard bouffi et matois agissait sur les paysans des Gorbounki de manière si mystérieuse qu’ils venaient un à un trouver l’ingénieur pour lui demander conseil sur leurs terres et sur leurs fermes. En cette matière, Vassili Khristoforovitch n’avait nulle compétence, et, cependant les paysans avaient le sentiment malgré tout que le monsieur de Saint-Pétersbourg savait quelque chose mais préférait se taire, et ils s’interrogeaient sur le moyen de le disposer en leur faveur pour pénétrer ses secrets.

 

La maturité de l’écriture d’Alexeï Varlamov nous fait parcourir l’ouvrage avec l’assurance que ce qui va nous être conté sera décrit avec justesse, avec agilité, avec habileté.

Né en 1963 à Moscou, Alexeï Varlamov est un écrivain russe, auteur de nombreux romans, nouvelles, et études littéraires, il est surtout connu en Russie pour ses biographies. Il a notamment rédigé celle de Mikhaïl Boulgakov qui paraîtra en septembre 2018 chez Louison.

Enseignant à l’université, il est chercheur en histoire de la littérature russe du XXe siècle et est devenu, en 2016, le recteur de l'institut de littérature Maxime Gorki. Il est également le rédacteur en chef de la revue « Étude littéraire ».

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08 février 2018

Les Espionnes du Salève – L’envers du miroir – Mark Zellweger – éditions Eaux Troubles – 315 pages – Février 2018

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En juin 1940, l'armée allemande marche sur Paris. Le service de renseignement suisse surveille les frontières de la Confédération, tandis que les filières de passage de la France vers la Suisse romande se mettent en place et que la résistance s'organise entre Genève et Lyon.

Les pentes du Salève vont grouiller de personnages qui vont se fondre dans la nuit… la clandestinité… la guérilla, les filières de passages.

Certains salons vont s’ouvrir aux Polonais, Tchèques, Français, Américains, Hollandais…

Le consulat de Grande-Bretagne assurera une interface en la personne d’un nommé Victor Farrell qui avait quelque chose dans la tête, ressemblant plus au pit-bull ayant un jambon dans la gueule qu’à un dandy dans une course hippique.

Hannah Leibowitz, rescapée du ghetto de Lodz, arrive à Genève en juin 1940 avec son fils Avram, rencontre le président de la communauté juive de Genève et sa fille Esther.

 Elle prendra la tête d'un groupe de résistantes.

Les financements de toutes les opérations menées, leur suivi, et toute la mécanique qui s’était mise en place, permettaient aux hommes et aux femmes de l’ombre de mener à bien leurs idéaux.

Hannah Leibowitz poursuivra son action auprès des réfugiés et de la Résistance. Elle continuera à rencontrer régulièrement Victor Farrell dont elle appréciait la profondeur des analyses.

S’approcher des cibles, essayer de les cuisiner, ne pas se jeter dans la gueule du loup…

Et l’auteur de nous lancer dans un thriller au rythme très soutenu.

Il faut reconnaître que Mark Zellweger est parvenu à me faire -radicalement- changer d’avis quant à l’a priori urticant que je développe pour les « avant-propos », « préface », « postface », etc… bien souvent surfaits par rapport au récit.

Dans son ouvrage, le solide prologue nous situe le cadre du roman. Et… le fait que l’auteur ait rencontré une personnalité telle que le Dr. Christian Rossé qui va ensuite signer une préface dans laquelle il développe tout le contexte historique est d’une intelligence telle que ma curiosité de ce qui s’était passé dans « les coulisses » a été bien stimulée.

La suite du récit n’en a été que plus palpitante.

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La méthode Fermine - Une interview de Maxence Fermine par Amandine Glévarec

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Amandine Glévarec – Cher Maxence, vous êtes un auteur assez discret et je ne sais pas grand-chose de vous, à part que vous avez vécu un temps en Afrique, en Tunisie et que vous avez désormais rejoint vos montagnes. Voulez-vous vous raconter en quelques mots ?

Maxence Fermine – Je suis un rêveur qui partage ses journées entre l’écriture et les reportages pour Alpes Magazine avec qui je collabore depuis près d’une dizaine d’années. Mon expérience africaine est désormais loin derrière moi, puisqu’elle remonte à avant mes 30 ans alors que j’en ai bientôt 50. Depuis que j’ai la chance d’être auteur à part entière, je suis implanté en Savoie dans la maison familiale de mon enfance, un lieu de retraite propice à l’écriture. Je suis assez discret car je suis heureux comme ça. Ce que j’aime dans la vie, c’est voyager, rencontrer de belles personnes, profiter de ma famille et surtout de mes deux filles, lire et écrire des histoires.

A. G. – Vous êtes donc écrivain mais aussi journaliste ?

M. F. – Je collabore à Alpes magazine en tant que reporter depuis 2009 car j’ai toujours aimé voyager et découvrir des gens, des métiers et des territoires. Cela me permet de sortir du cadre de mon bureau, et me procure une grande bouffée d’air frais. Cela vient en complément de l’écriture de romans, et parfois même un reportage vient nourrir un roman. Donc, oui, j’aime cela. Enfant, je n’avais d’autre ambition que d’être reporter comme Tintin et écrivain comme Jules Verne.

A. G. – Vos livres ont un point commun, ils évoquent tous un ailleurs. Le territoire (ou l’époque) que l’on occupe forge-t-il un homme ? Ou n’est-ce qu’un simple décor pour les histoires que vous avez envie de raconter ?

M. F. – L’envie d’ailleurs a été très tôt présente en moi, même si aujourd’hui j’apprends à restreindre cette envie, et à me contenter davantage du territoire qui m’entoure. Cela vient de l’enfance, je crois, où il me fallait toujours partir, bien souvent en rêve, donc je prenais un livre et je m’évadais. Le territoire est important, et sans doute forge-t-il l’homme, mais le mien est partagé en trois. La Savoie où je suis né et retourné depuis vingt ans. Paris où j’ai vécu de 17 à 29 ans. Et Aigues-Mortes, en Camargue, où je me rends très souvent.

A. G. – Pourquoi vous fallait-il partir ? Est-ce une métaphore ?

M. F. – Jusqu’à l’âge de six ans, je vivais dans un cocon. Puis le divorce de mes parents m’a projeté pendant dix ans dans un univers qui n’était pas le mien, où je n’ai tenu que grâce aux livres et aux envies d’ailleurs. Ensuite, à 16 ans, j’ai rejoint mon père à Paris et là je me suis senti de nouveau libre et j’ai commencé à écrire. Donc il ne s’agit pas simplement d’une métaphore. Mais je n’en veux pas à mes parents. Un peu comme Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig, ces dix années ont été formatrices pour moi, et sans elles je n’aurais sans doute pas persévéré dans la voie de l’écriture.

A. G. – Votre premier roman, Neige, se déroule au Japon. Était-ce un pays que vous connaissiez ? Par quoi avez-vous été inspiré pour écrire cette histoire ? Était-ce votre début en littérature ou une vieille et farouche envie d’écrire qui enfin se concrétisait ?

M. F. – J’ai commencé à écrire très tôt, vers l’âge de 17 ans. Et Neige n’est donc pas mon premier livre, mais le premier où j’ai enfin pu m’exprimer avec mon propre style, un mélange entre la poésie, le conte et le roman. Je ne suis jamais allé au Japon, même si j’en apprécie la philosophie et certains auteurs ou cinéastes. En revanche, je suis né dans un décor de neige. Cette histoire m’est venue de deux envies conjuguées. Écrire l’initiation d’un jeune poète. Et raconter l’histoire d’un amour éternel, et d’un corps retrouvé dans les glaces. Au départ, les premières pages se déroulaient dans le massif du Mont-Blanc, où chaque été les glaciers rendent des corps, mais c’est en tombant par hasard sur un recueil de haïkus que l’idée de transposer cette histoire au Japon m’est venue.

A. G. – Comment aviez-vous pris contact avec la maison d’édition Arléa ?

M. F. – J’ai envoyé mon manuscrit Neige par la poste à Arléa en septembre 1998, parce que je venais de lire Annam de Christophe Bataille, un court roman poétique et exotique paru chez eux. Quinze jours plus tard, miracle, j’ai reçu un appel de Catherine Guillebaud qui m’annonçait la bonne nouvelle, que mon manuscrit allait être publié en janvier. Je pensais en vendre 200 et j’étais l’homme le plus heureux du monde. 19 ans plus tard, il a été traduit en 17 langues et s’est vendu à 300 000 exemplaires.

A. G. – Neige connaît un tel succès que vous décidez d’arrêter votre carrière et de vous consacrer à l’écriture. Avec le recul, n’était-ce pas un pari fou ? La vie vous a-t-elle donné raison ?

M. F. – Économiquement parlant, ce n’est pas toujours évident. Mais sincèrement, si je ne l’avais pas fait, je crois que je serais passé à côté de ma vie. Je ne suis pleinement heureux et apaisé qu’en écrivant chaque jour quelques pages, alors oui, je crois que j’ai eu raison. Lorsqu’une telle passion vous habite, difficile de lutter. Vingt ans plus tard, je fourmille encore de projets de romans.

A. G. – Vous rejoignez assez rapidement Albin Michel à qui vous restez fidèle plusieurs années et vous publiez désormais aux éditions Michel Lafon. Quelles relations entretenez-vous avec vos éditeurs ?

M. F. – Faisant partie des affectifs comme bien souvent les artistes, ce que je recherche, ce sont des relations humaines et chaleureuses. Pendant dix ans, tout s’est bien passé chez Albin Michel. Et puis mon éditrice est partie, et je me suis trouvé un peu perdu dans cette grande maison. Alors quand Florian Lafani, de chez Michel Lafon, m’a contacté pour un projet de roman chez eux, je n’ai pas hésité à franchir le pas. Aujourd’hui, c’est Florian qui s’en va à son tour, mais heureusement, entretemps j’ai pu nouer de solides relations avec plusieurs personnes de la maison, aussi n’ai-je aucune envie de chercher ailleurs à être publié. Les relations humaines, c’est ça le plus important, et pas d’être un numéro dans une usine à produire des best-sellers.

A. G. – À notre époque, il est de plus en plus demandé aux auteurs de donner de soi, en participant à des salons, en allant à la rencontre de leur public, en rencontrant des lycéens, voire en écrivant dans les journaux. Quelles réflexions sur votre métier ces évolutions vous inspirent-elles ?

M. F. – Pendant dix ans, j’ai joué le jeu des salons et des rencontres en lycée et librairie, et puis je m’en suis lassé. Je me suis même rendu compte que tout cela m’épuisait. Maintenant j’aspire à un peu plus de paix intérieure et je me recentre sur le moteur de mon métier, l’écriture. J’ai l’impression de moins me disperser, et je me sens plus en phase avec mes envies. Mais si d’aventure je renouais avec le succès de Neige, il y a de grandes chances qu’on me demande de tout recommencer.

A. G. – La question va de pair, mais quels conseils apporteriez-vous à un auteur qui aimerait se lancer dans la publication, voire tout simplement dans l’écriture d’un manuscrit abouti ?

M. F. – Un premier jet n’est que rarement publiable. Il faut le laisser de côté et le retravailler. Il faut du temps pour apprendre à écrire, en général pas moins de dix ans. Faire des phrases courtes, trouver une musique intérieure, être soucieux du moindre détail. Pour ma part, je suis quasi-obsessionnel, et peux passer un quart d’heure à retourner une phrase dans tous les sens. Et disposer d’une méthode. La mienne relève du puzzle. D’abord ouvrir tous les chapitres, ne serait-ce qu’avec une citation ou une seule phrase, et ensuite remplir les blancs. Mais bien sûr, elle ne convient pas à tout le monde.

A. G. – L’écriture est-elle souffrance ?

M. F. – Pour moi, l’écriture est un plaisir, comme une musique que je crée, une histoire qui me transporte autant qu’elle doit transporter les lecteurs. La seule souffrance résidant à corriger sans cesse un texte avant de le publier. Mais c’est une étape indispensable. Quant à la méthode puzzle, elle me permet de mettre rapidement sur le papier toute idée un peu persistante de roman. À moi ensuite de voir si je développe ou pas.

A. G. – Votre dernier livre – Le Syndrome du papillon – est paru en 2016. Vous publiez très régulièrement depuis vos débuts, pouvons-nous dès lors nous attendre à bientôt fêter un nouveau roman ?

M. F. – Mon dernier roman jeunesse est Le Syndrome du papillon, mais mon dernier livre publié est un roman adulte, Chaman, paru en octobre 2017. Il raconte le retour aux sources d’un indien lakota dans sa communauté du Dakota du sud. Et bien entendu, le prochain est en cours, et le suivant déjà programmé. J’ai aussi écrit un roman jeunesse entre les deux, et je pense déjà à autre chose. Une vraie drogue, vous dis-je.

A. G. – Est-ce différent d’écrire pour la jeunesse ou pour les adultes ?

M. F. – Je n’ai pas de difficulté à passer du roman adulte au roman jeunesse car, lorsque j’écris, je n’ai pas d’autre ambition que d’écrire un conte universel. Il s’agit simplement d’une question de vocabulaire, et de se mettre dans la tête d’un ado, ce qui m’est très facile puisque je n’ai pas beaucoup grandi en 49 ans.

A. G. – La question subsidiaire mais pas la plus facile : un petit haïku pour clore notre entretien ? 

M. F. – Ce n’est sans doute pas le meilleur, mais au moins il est de moi :

Chaque matin j’écris

À l’encre bleue du soleil

Le roman de ma vie

A. G. – La question bonus : un petit scoop, une petite anecdote inédite, vous qui ne parlez jamais de vous…

M. F. – Je reviens d’un reportage pour Alpes magazine du côté de Bonneval, en Haute-Maurienne, et pour cela j’ai dû traverser un couloir d’avalanche haut de trois à quatre mètres de neige. Pourtant, je n’avais aucune appréhension. Car depuis l’enfance, je me suis toujours dit que je ne pourrais pas mourir avant d’avoir écrit et publié au moins quarante romans. Or je n’en suis qu’à la moitié.

 

Amandine Glévarec

 

Kroniques.com

La lecture festive

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06 février 2018

La méthode Maugenest - Une interview de Thierry Maugenest par Amandine Glévarec

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Amandine Glévarec – Cher Thierry, votre histoire a commencé sur les routes, vous nous racontez ?

Thierry Maugenest – Tout jeune déjà je voulais être écrivain. Comme il n’existe pas de véritable école d’écriture, j’ai choisi  de voyager autour du monde pendant de nombreuses années, sans jamais cesser de lire, d’écrire, de rêver… et surtout de traduire. La traduction littéraire est une excellente école d’écriture ; elle permet de se pencher sur la langue, la syntaxe, la grammaire, le style. C’est un moyen de faire ses gammes d’écrivain, d’apprendre la patience et l’humilité avant de franchir le pas et d’écrire ses propres livres. Par ailleurs, et c’est un aspect non négligeable du métier, devenir traducteur littéraire permet également d’approcher de près des éditeurs, de se forger un carnet d’adresses utiles lorsque le moment viendra de placer ses propres manuscrits.

A. G. – Vous êtes l’auteur de livres « conventionnels » et d’autres dans lesquels vous avez tenté d’autres approches, beaucoup plus surprenantes. Quel plaisir tirez-vous à inventer ces formes narratives ?

T. M. – Il existe une très vieille rumeur scientifique selon laquelle l’homme n’utiliserait que 10 % de son cerveau. Bien sûr, c’est faux (scanners et IRM suffisent seuls à contester cette hypothèse) ; en revanche, j’ai observé que l’homme n’utilisait généralement que 10 % de sa liberté. La littérature reste ouverte à toutes les innovations formelles, mais bien peu se hasardent loin des sentiers battus. En écrivant Eroticortex par exemple, j’ai imaginé un roman dont l’intrigue ne se dévoilerait que par le biais de couvertures de journaux, d’articles de presse, de reportages avec photos à l’appui… Pourquoi pas ?  Vous me demandez quel plaisir j’éprouve à inventer de nouvelles formes narratives ? Celui de me sentir libre ! Mais la liberté a un prix, celui de voir ses manuscrits refusés pendant des années par la plupart des éditeurs. Beaucoup d’entre eux (heureusement que certains font exception !) sont trop conventionnels. Ils voient d’un mauvais œil tout ce qui diffère du bon vieux roman ou de l’essai académique (qui est souvent aussi froid et aseptisé qu’une thèse de doctorat). Mon premier manuscrit par exemple, dans lequel je mêlais un véritable travail d’historien à un roman, émaillé de surcroît d’e-mails, a été refusé par un nombre considérable d’éditeurs. Certains ont même pris le temps de justifier leur refus en m’écrivant que mon texte ne ressemblait à rien et que je devais abandonner l’idée d’écrire. Une fois publié, ce roman s’est aussitôt écoulé en France et dans le monde à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Des années plus tard, rien n’avait changé : j’ai écrit un essai littéraire sous la forme inédite de fiches humoristiques et les éditeurs se sont empressés de le refuser… avant qu’il soit un jour plébiscité par le public et les grands médias. (J’ai alors rédigé le second tome… mais à ce jour nul n’en a voulu !) Il existe malheureusement un décalage entre les véritables goûts du public et celui de la grande majorité des éditeurs. Il y a déjà deux décennies que je constate – et regrette – cette singulière dichotomie entre le refus, voire le mépris, de l’édition française, et l’enthousiasme, pour un même texte, d’autres acteurs du livre : libraires, lecteurs, critiques, universitaires, éditions étrangères, etc.

A. G. – Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune auteur ? Voyager pour bien écrire ? Comment aboutir à un manuscrit cohérent, comment se faire repérer par une maison d’édition ?

T. M. – Somerset Maugham prétendait que pour écrire un bon roman il y avait trois règles à respecter, seulement, nul ne les connaissait ! Après plusieurs décennies de recherche, j’ai enfin découvert ces trois règles : un bon roman, c’est un bon début, un bon milieu et une bonne fin ! Plus sérieusement, j’ai démontré dans les Rillettes de Proust que quel que soit le conseil donné par un grand écrivain, vous trouverez immanquablement le conseil inverse chez un autre auteur : Sainte-Beuve conseillait par exemple d’écrire comme on parle alors que Buffon soulignait que ces auteurs-là parlaient très bien mais écrivaient mal  ; ce même Buffon prétendait que bien écrire c’était avant tout bien penser, alors que, selon Gide,  c’est avec de bons sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature, etc. À un jeune auteur réellement motivé, je donnerais alors le seul conseil qui ne puisse être contesté : lire, lire, lire et relire. Relire plusieurs fois Don Quichotte par exemple et surtout, surtout, Le Temps retrouvé de Proust. Étonnamment, c’est le livre le plus méconnu de la Recherche du temps perdu, et pourtant tout est là-dedans. Absolument tout.

Enfin, le problème de la maison d’édition est aujourd’hui plus épineux que jamais. Chaque éditeur est cerné, assailli, submergé par des manuscrits, au point de ne plus les lire ou d’en confier la lecture à des stagiaires souvent incompétents. De nombreuses expériences ont prouvé depuis des années que des chefs-d’œuvre de la littérature, envoyés anonymement par la poste, sont refusés par les maisons d’édition. (Pourquoi donc les grands éditeurs choisiraient-ils des personnes qualifiées pour ce travail alors qu’ils n’attendent rien des manuscrits qui arrivent au courrier ?) Ainsi, loin de moi l’idée de décourager un nouvel auteur, mais je dois avouer que bien que mes livres soient aujourd’hui traduits par les plus grands éditeurs d’une quinzaine de pays, et que j’aie été notamment primé à New York, j’ai de nombreux manuscrits dans mes tiroirs qui ne trouvent pas preneur…

A. G. – Votre dernier ouvrage porte sur une figure (sans mauvais jeu de mots) méconnue de l’histoire française. Ce n’est pas la première fois que l’Histoire vous inspire. Quel attrait y trouvez-vous ?

T. M. – L’Histoire – à la différence du passé – n’est pas figée. Voilà ce qui m’intéresse chez elle. On peut en quelque sorte la façonner, non pas par l’imaginaire, à la manière d’un romancier, mais par la seule recherche, minutieuse, passionnée. Lorsque j’habitais tout près de Venise par exemple, j’ai passé des années à étudier l’histoire de cette cité. Ses archives débordent de mystères à élucider. Ainsi, j’ai pu dévoiler certains secrets des archiconfréries vénitiennes et j’ai démontré que les toiles de Tintoret étaient intimement liées aux arcanes du passé de la Sérénissime. Plusieurs années après avoir publié Venise.net, qui évoquait toutes ces découvertes, j’ai eu la chance d’être reçu par le conservateur de la Scuola di San Rocco, une des plus vieilles institutions de la Cité des Doges, à l’intérieur de laquelle se déroulait le roman. Il avait lu mon livre et m’a confirmé ce jour-là que le passage dérobé que j’avais imaginé au dernier étage du palais, juste en dessous de la Crucifixion de Tintoret, existait bel et bien ! Il m’y a fait entrer et j’ai vu de mes yeux des trésors inestimables qui n’ont jamais été exposés depuis des siècles. Quelques années plus tard, c’est en travaillant sur Carlo Goldoni, le plus grand dramaturge italien, que j’ai découvert qu’il avait été inspecteur à la police criminelle de Venise durant ses jeunes années. En outre, son chef n’était autre que Zorzi Baffo, le plus grand poète libertin du siècle. Ce couple d’enquêteurs s’est naturellement imposé à moi et je lui ai consacré une trilogie criminelle, publiée chez Albin Michel.

Enfin, très récemment, j’ai été fasciné par le plus grand oublié de l’Histoire : Étienne de Silhouette, au point de lui consacrer un livre, le premier à lui être dédié en trois siècles ! La connaissance de ce personnage permet aujourd’hui d’éclairer d’un jour nouveau les études sur la Révolution française. Silhouette, avant de devenir un nom commun, a été tout à la fois un grand philosophe des Lumières et un grand homme d’État, insidieusement chassé de l’Histoire de France. Écrire, c’est parfois faire œuvre utile, réparer des injustices.

A. G. – Finalement, votre truc à vous, c’est de jouer avec les mots, de raconter des histoires, de raconter l’Histoire, ou de tenter des choses que vous n’avez jamais faites ?

T. M. – Oui, j’aime écrire par-delà les genres, les règles, les normes, les styles. L’Odyssée d’Amos (mon prochain livre à paraître en février 2018) en est sans doute la meilleure illustration. Il s’agit d’un roman transgenre, soit une œuvre inédite dans le paysage éditorial contemporain où chaque livre, que ce soit en librairie ou dans l’esprit du public, se doit absolument d’être classé en philosophie, en littérature, avant d’être sous classé en aventure, anticipation, suspense, utopie, littérature exigeante, populaire, illustrée, etc. Mon roman appartient tour à tour à tous ces genres mais il n’en représente aucun en particulier. C’est au fond un pari fou : celui de l’effacement des frontières, des étiquettes, pour tâcher de revenir aux sources de la littérature. Avec ce roman, j’ai tenté d’écrire une œuvre qui n’aurait aucun lecteur type, arbitrairement désigné suivant son âge, son sexe, ses habitudes ou sa classe sociale. Une œuvre libre de préjugé. Ma liberté d’auteur deviendra ainsi celle des lecteurs, qui ne se laisseront plus aussi facilement enfermer dans une case.

Amandine Glévarec

 

Kroniques.com

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Community – Estelle Nollet – Albin Michel – 264 pages – Janvier 2018

Community.jpgHuit hommes et deux femmes s'installent sur la base scientifique de New Aberdeen, un lieu perdu en plein océan austral, au milieu des otaries à fourrure qui hurlaient « façon pleureuses antiques », des albatros, des gorfous et des skuas.

Le narrateur, Cookers, cuisinier néo-zélandais, est affublé dès sa naissance d’un ridicule prénom composé, Charles-Charlie. Charles, parce que sa mère le voulait.  Charlie, parce que celle-ci aimait tellement son grand frère Charlie piteusement décédé quelques années plus tôt.  Elle le devait par respect pour son deuil fraternel.

Bien évidemment, les initiales donnèrent lieu à quelques surnoms, notamment Captain Carrot Cake lorsque Cookers devint cuisinier à bord des navires, qui s’est parfois transformé la nuit en un libidineux Cunts Counting’ Charlie…

Confident des uns et des autres, parler à CCC, c’était comme parler ivre à un inconnu dans un bar et tout lui balancer pour n’en garder le lendemain qu’un souvenir apaisé. Une vraie tombe.

 

Coupés du monde, ils comprirent qu’il n’était pas facile « d’être » une île. Encore moins facile d’être découverte.

Les livres d’histoire ne s’intéressent en effet qu’aux hommes et aux dates, jamais à la nature et aux animaux qui y vivent…

En ce 20 décembre 2015, ils ne se souciaient de rien, tout occupés qu’ils étaient à leurs missions respectives.  

Mais des clans se forment. Des conversations alimentent les soirées.

Et les murs laissent tout filtrer…

Ces murs qui sont faits pour que les voleurs d’amour-propre ne soient pas pris la main dans le sac et que les volés puissent rentrer chez eux sans qu’on les voie pleurer.

De tous ces arrivants sur cette île perdue, aucun d'entre eux ne s'attendait à jouer les Robinson Crusoé du XXIe siècle.

Dans cet écosystème coupé du monde, même les plus passionnés par l'observation des espèces rares dont l'îlot est le dernier repaire finiront par se concentrer sur leur propre survie.

Qui résistera à l'aventure ?

C'est tout l'enjeu de ce huis clos dramatique porté avec empathie par une écriture sans concession.

 

Estelle Nollet joue avec les mots, avec les phrases.  Comme cet air d’harmonica filtrant dans le calme du soir.  Tout en digestion du maigre repas d’avant, tout en soupirs de la lourde nuit qui arrive. Seule la flamme des souvenirs réchauffant les cœurs.

Car il n’y avait rien de mieux qu’un foyer pour oublier à quel point, derrière la palissade, le monde était truffé de connards…

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05 février 2018

La méthode Roegiers - Une interview de Patrick Roegiers par Amandine Glévarec.

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Amandine Glévarec – Cher Patrick, vous êtes un homme de passions, la première est celle du théâtre qui vous amène à devenir acteur puis directeur d’une structure. C’est déjà l’intérêt pour le texte qui vous a amené dans cette voie ?

Patrick Roegiers – Oui, les mots m’ont toujours passionné. J’ai découvert le théâtre très tôt. La sensation d’un autre monde, la magie de l’illusion et de la représentation plus belle et plus vraie que la réalité. Au collège, j’étais fort en rédaction. J’aimais déjà la construction des phrases. Lorsque j’étais à l’I.A.D. (Institut des Arts de Diffusion) au milieu des années soixante, j’ai découvert Ionesco et Beckett, et le nouveau théâtre anglais. Je le mettais en scène alors que mes professeurs n’y comprenaient rien. Comment jouer Beckett ? Comment dire Ionesco ? Et les textes de Pinter ? Oui, le texte m’a toujours captivé. Je n’étais pas un immense comédien mais j’aurais pu persévérer dans cette voie. J’ai opté assez vite pour la mise en scène. Donner corps aux mots par le corps de l’acteur. Faire parler la parole par la mise en scène et le jeu.

A. G. – Vous êtes par ailleurs passionné par la photographie, et vous avez consacré à cet art de nombreux essais et plusieurs monographies. En opposition, un peu simpliste, où sont les mots dans le rapport à l’image ?

P. R. – C’est venu beaucoup plus tard. J’ai toujours été fasciné par les images. Le trait, le blanc, le vide, et puis par la photographie. C’est un art silencieux. Je l’ai analysé, en partageant mon plaisir et mon émotion. Les mots dialoguent avec les images et donnent à voir. Cela m’a permis d’arriver à l’écriture. J’ai écrit des milliers de pages qui ne voulaient rien dire. Je n’arrivais pas à formuler une phrase correctement. Mes idées débordaient de partout. On n’apprend pas à écrire. Comment faire ? Je me suis dit qu’il fallait débuter par des essais. J’ai écrit sur Lewis Carroll, Diane Arbus, Bill Brandt et d’autres encore. L’œuvre est faite. Il suffit de la regarder. J’ai structuré ma pensée. J’ai réfléchi et je me suis mis à écrire. Mes premiers livres sont des essais et j’ai enfin pu passer à la fiction et au roman.

A. G. – Dès 1990 vous commencez à publier une série d’ouvrages dans la très belle collection Fiction&Cie du Seuil. Comment s’est noué cette rencontre, ce nouveau projet, quel en était l’enjeu ?

P. R. – Tout est lié. Quand j’ai quitté la Belgique (suite à la suppression de mon théâtre), je suis parti à Paris et j’ai décidé de devenir écrivain. J’avais 33 ans. Cela a pris un peu de temps. Il a fallu me reconstituer une identité. J’ai écrit des articles dans la presse. C’est une forme d’écriture. J’ai été critique littéraire et photographique, et puis je suis entré au journal Le Monde où j’ai écrit 500 articles. Cela a forgé ma langue par la concision et la réflexion. J’ai fait des films, des conférences et des émissions de radio. C’est une façon d’écrire à haute voix. En 1990, j’ai enfin publié mon premier roman aux éditions du Seuil, dans la collection Fiction&Cie, dirigée par Denis Roche, qui était aussi photographe. J’avais atteint mon but. Publier au Seuil était aussi important pour moi qu’être édité chez Gallimard.

A. G. – L’écriture et la lecture vous accompagnent-elles depuis toujours ? D’où vient ce besoin de mettre en mots et surtout d’exposer ses mots à un large public ?

P. R. – J’ai toujours lu énormément. C’est un plaisir incomparable, et aussi une grande consolation. Lire, c’est écrire. L’un ne va pas sans l’autre. Je ne suis pas photographe et ne sais pas du tout dessiner. Mon fils est artiste et peintre. Il a tous ces dons. Je l’envie et je l’admire. Moi, j’aime écrire. Je lis pour écrire et la préparation d’un roman passe par la lecture. La lecture est un acte solitaire et silencieux. Il en va de même pour l’écriture. J’ai appris l’indifférence du monde et le repli. Je pense que j’écris pour exister, tout simplement. Écrire et crier, c’est le même mot. Enfant, je criais le plus que je pouvais. Je continuer à crier, mais en silence. Au fond, j’écris pour qu’on m’entende.

A. G. – Vous avez été critique littéraire, auteur pour le théâtre, romancier, poète, essayiste, préfacier, etc. Est-ce toujours la même façon d’écrire ou vous adaptez-vous à ce changement de casquettes dans une quête à chaque fois unique du bon mot ?

P. R. – La quête du bon mot, c’est une blague. Il y a beaucoup de manières d’écrire et c’est une façon d’entretenir son instrument, de garder la forme, si vous voulez. Écrire un texte de 30 feuillets ou 1 feuillet, ce n’est pas pareil. Mais c’est toujours de l’écriture. La respiration n’est pas semblable. Mais ce sont toujours des mots. J’aime les mots. J’ai 50 dictionnaires dans mon dos qui me poussent à écrire. Les mots sont sensuels et matériels, concrets et voluptueux. J’écris sous des formes diverses par pur amour des mots. Et cela ne me rassasie jamais. C’est un bonheur !

A. G. – Vous êtes Belge de naissance mais naturalisé Français depuis 2017. Vous avez consacré à votre pays d’origine de nombreux livres, pourquoi alors cette décision qui pourrait être considérée comme un revirement ?

P. R. – J’ai vécu 33 ans dans mon pays d’origine. J’ai beaucoup écrit sur lui de multiples façons. J’ai conçu une grande exposition sur Magritte, j’ai écrit l’autobiographie de la Belgique sous forme d’abécédaire, j’ai écrit le roman de ce pays dans la collection Découvertes chez Gallimard, j’ai écrit Le bonheur des Belges, etc. J’ai même interprété à la Monnaie, pour l’anniversaire du pays, un spectacle intitulé Le cri de la Muette. J’ai débuté au théâtre dans Le mariage de Mademoiselle Beulemans, au théâtre des Galeries. De cette pièce à mon dernier livre, 50 ans se sont écoulés. Ce pays ne m’a rien donné. Je ne lui dois rien. J’en ai eu assez. La France m’a accueilli, elle m’a permis de reconstituer ce que mon pays natal avait détruit. J’ai réalisé mon rêve d’être publié. Je suis Officier des Arts et des Lettres. Je suis devenu Français par fierté et par émotion, j’ai cessé d’être Belge par dépit. Et pour ne plus l’être comme tous ces gens méprisables qui m’ont trahi. J’ai épuisé mes réserves de patience et de générosité. Tant pis !

A. G. – Vous publiez depuis 2012 chez Grasset, dont le remarqué L’Autre Simenon en 2015. Pourquoi ce changement de maison ?

P. R. – J’ai publié 10 livres aux éditions de Seuil en 20 ans. Cette maison a beaucoup changé et s’est abusée elle-même. Je l’ai quittée parce que je ne l’aimais plus. J’ai tout de suite eu la possibilité d’être publié ailleurs. Je n’avais jamais mis les pieds chez Grasset et je ne rêvais pas particulièrement d’y être publié. Tout s’est passé par la rencontre inattendue avec Jean-Paul Enthoven. Il a compris qui j’étais et m’a ouvert les bras. Olivier Nora, le directeur de Grasset, est un homme généreux, très attentif, qui aime vraiment les auteurs. Une maison d’édition, c’est un endroit où un auteur se sent accueilli, et auquel il donne alors le meilleur de lui-même. J’ai publié chez beaucoup d’éditeurs. La vie est un voyage. Elle se constitue par étapes. On ne voyage pas toujours au même endroit.

A. G. – Au vu de votre longue expérience, auriez-vous des conseils à donner aux auteurs qui aimeraient se lancer dans une carrière littéraire ? Comment se faire publier ? Peut-on rêver de vivre de sa plume ? Comment être certain que l’on tient le ton juste ?

P. R. – Il faut se garder des conseils. Mais je puis au moins dire ceci. N’envoyez un manuscrit qu’à une maison d’édition dont vous lisez les livres. Si vous écrivez, allez au bout de la page et ne vous relisez pas avant d’être parvenu au terme du projet. Le ton, la cadence, c’est l’essentiel. Apprenez d’abord à faire une phrase de 3 mots qui tient debout, et ne rêvez surtout pas de faire une carrière ou ce genre de balivernes. On écrit d’abord pour soi, et en pure perte.

 

Amandine Glévarec

 

 

Entretien réalisé par mail le 29 janvier 2018

 

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03 février 2018

Patrick Roegiers : « Mon dernier livre sur la Belgique » Un article de Flavie Gauthier dans Le Soir

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Photo Roegiers.JPGPatrick Roegiers écrit le scénario filmé de la rencontre d’Hergé et Léopold III  
 
ENTRETIEN
 
Le nouveau roman de Patrick Roegiers commence comme un film. Ou plutôt son film prend la forme d’un roman. Hergé arrive sur les bords du lac Léman où il croise par hasard le roi exilé Léopold III. Pendant qu’ils discutent au bord de l’eau, Donald Duck surgit. Tout ceci est inventé. L’écrivain mélange avec fantaisie personnages historiques, mythes, cartoons et BD pour inventer une nouvelle forme littéraire.
 
Pourquoi le livre prend cette forme originale ?
 
L’idée est venue des personnages eux-mêmes. À un moment dans mon travail de rédaction, je me suis retrouvé dans un nœud de création. Je savais vers quoi le livre allait et je connaissais d’avance les réactions que ça produirait en référence au passé, leur activité pendant la guerre, la position du roi… Je ne voulais pas retomber dans ces ornières-là. Après un an, j’étais bloqué. J’étais prêt à faire le deuil du projet. Puis, on me promenant, j’ai eu l’idée du film. Le roman est un film qui se tourne et le film qui se tourne est le roman que j’écris. Ça a débloqué cette fameuse situation. Le livre s’est organisé de manière imprévue.
 
Vous avez pris du plaisir à jouer avec des icônes cartoonesques.
 
Toute la mythologie du cinéma américain est importante. Mon roman se passe en 1948, le moment où elle resplendit. Si vous prenez un personnage comme Lilian, la femme de Léopold, elle se considérait comme une actrice, une reine par procuration et une star de cinéma. Elle avait un ego énorme. Très rapidement, j’ai pensé à Ava Gardner pour jouer son rôle. La mythologie d’Ava Gardner resplendit sur Lilian. Le cinéma a été le révélateur du roman et a permis une liberté de ton formidable.
 
Le découpage aussi s’inspire du 7 e art.
 
J’ai décidé de faire 62 chapitres comme le nombre de page d’une bande dessinée. Je voulais que ce soit un livre rapide. La dynamique crée le plaisir du lecteur. L’intrigue se déroule en un mois, donc quatre semaines divisées en chapitres. J’aime bien structurer mathématiquement les livres même si cela ne se voit pas. Ça devient comme une sorte de rythmique. C’est l’orchestration d’une partition musicale.
 
Est-ce que cela vous a donné l’envie d’un faire un film ?
 
Pas du tout. Je n’aimerais pas être scénariste. Je lis beaucoup sur le cinéma : les cinéastes ont toujours quatre à cinq projets en même temps. Ils ne savent pas lequel va aboutir. Ils travaillent tous avec des équipes et finalement il ne reste pas grand-chose du scénario. Le scénariste est un ouvrier dans l’ensemble de la cathédrale du film, alors que l’écrivain est le maître d’œuvre total. J’évoque des images dans mon roman, des scènes connues de tous. Par exemple, je fais une comparaison entre Charlot et Tintin, deux mythes absolus. C’est un texte imagé. Au fond, on peut donner à voir avec des mots. Comme vous avez un dessinateur comme personnage principal, il est normal qu’il s’exprime en images. Ça m’a beaucoup intéressé de mettre en perspective, le dessin, le cinéma et l’écriture.
 
Vouliez-vous vous protéger des critiques suite aux polémiques de « L’autre Simenon» ?
 
Bien sûr mais ce n’est pas un livre historique, ni une enquête… Tout le passé de Léopold est déjà connu. Moi-même je l’ai traité dans La spectaculaire histoire des rois des Belges. Tout le chapitre qui lui est consacré commence en Suisse. Je n’allais pas recommencer à écrire ce que j’avais déjà fait. Il y a eu énormément d’écrits sur Hergé et toutes ses zones d’ombre sont désormais connues. Ça ne m’intéressait pas de répéter ce que tout le monde sait déjà. Hergé est en Suisse car il doute de lui-même, de son talent, il en a marre de dessiner Tintin, il veut quitter Germaine… Ces deux personnages vont se faire du bien. Après un mois, ils iront beaucoup mieux. On aura traversé toute leur vie, c’est un peu l’histoire de la Belgique.
 
Vous conservez votre attachement au patrimoine belge.
 
Je suis Français maintenant. Quand j’ai commencé ce livre, L’autre Simenon n’était pas encore sorti. J’avais déjà commencé à travailler. Je ne m’attendais pas à ces réactions haineuses. Je pense que ce roman est mon dernier sur la Belgique, je n’en parlerai plus. Je suis certainement un des auteurs qui ait le plus écrit sur son pays, alors que je suis parti depuis 35 ans. Le fait que je sois devenu Français est très important. Quand je rentre en France, je ne suis plus un exilé, c’est mon pays. C’est un salut enjoué, amical à la Belgique sous la forme d’un livre d’adieux enlevés et sans regret.

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01 février 2018

Pascale Tison reçoit Patrick Roegiers dans son émission Oui-dire pour son nouveau roman : "Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur" édité chez Grasset

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Pour écouter l'émission

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31 janvier 2018

UN JOUR DANS L'HISTOIRE "ETIENNE DE SILHOUETTE, LE MINISTRE QUI VOULAIT TAXER LES RICHES". Laurent Dehossay interviewe Thierry Maugenest

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Nous sommes en 1729.


C’est cette année-là que paraît, à Paris, un essai intitulé « Idée générale du gouvernement et de la morale des Chinois, tirées des ouvrages de Confucius.
On peut y lire ceci : « Le salut de l’Etat dépend de celui du peuple.
Le prince qui le surcharge, loin de s’enrichir, s’appauvrit tous les jours.
Confucius, pour faire sentir cette vérité, se sert d’une comparaison peut-être trop dure mais qui n’en est que plus sensible.
Un tel prince, dit-il, fait de même que celui qui couperait ses propres membres pour s’en remplir le ventre ; le ventre se remplirait mais le corps diminuerait et périrait. »


Voici donc ce qu’écrit un jeune philosophe de vingt ans.
Une trentaine d’année plus tard, Louis XV en fera son ministre des finances, à la plus grande colère de la noblesse.
Il voulait taxer les riches.
Son nom est passé dans le vocabulaire commun mais son projet a été banni de la mémoire : notre homme s’appelle Etienne de Silhouette.


Avec nous : Thierry Maugenest, traducteur, romancier, passionné par le XVIIIe siècle, auteur de la série policière « Les enquêtes de Goldoni » et de "Etienne de Silhouette, le ministre banni de l’histoire de France » ; éd. La Découverte.

https://www.rtbf.be/auvio/detail_un-jour-dans-l-histoire?...

 

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Pour écouter l'émission, cliquer ici

 

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28 janvier 2018

Cette semaine, Thomas de Bergeyck recevait l'auteur Patrick Roegiers en studio en affirmant avoir offert son livre au Roi Albert II en personne !

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Cette semaine, Thomas de Bergeyck recevait l'auteur Patrick Roegiers en studio en affirmant avoir offert son livre au Roi Albert II en personne !

 

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Et il n'a pas bluffé !

Voici la séquence en exclusivité que vous pourrez retrouver ce soir dans Place Royale - RTL TVI

Belle pub Thomas, Merci !

 

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26 janvier 2018

David Courier reçoit Patrick Roegiers dans son émission littéraire Le Cour(r)ier Recommandé - Bx1

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"Quand j'approche de mon pays, je sens que je rétrécis.

Depuis que je suis parti, je sens que je grandis."

 

"Cette chanson est fredonnée par Léopold III

ou plutôt sortie du cerveau fantasque et ébouriffé de Patrick Roegiers"

David Courier

 

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Ecoutez l'émission

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24 janvier 2018

La méthode Manook - Une interview de Ian Manook par Amandine Glévarec

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Amandine Glévarec – Cher Ian, vous êtes un grand bourlingueur, pouvez-vous nous raconter en quoi les voyages ont fait de vous celui que vous êtes devenu ?

Ian Manook – J’ai toujours aimé les voyages. Très jeune. À 17 ans j’ai passé trois mois seul dans le Bronx New-Yorkais en 66. En 69, j’ai fait 40 000 kilomètres en stop aux États-Unis. Mais fils de prolétaire (mon père a travaillé toute sa vie chez Renault) et premier de la classe, j’étais programmé pour rentrer dans le moule avec mes études supérieures. Droit, Sciences Po, Centre d’Etude des Communautés Européennes, Institut Français de Presse… J’allais à la fac en costard-cravate, c’est tout dire ! Comme je gagnais déjà ma vie comme pigiste, j’ai un jour promis à mon jeune frère de lui offrir ses vacances s’il décrochait son bac. Il l’a eu et nous sommes partis en Écosse. À Edimbourg, nous avons alors entendu parler de l’île de Vestammaeyjar, au sud de l’Islande, où un volcan éteint depuis cinq cents ans s’était réveillé en janvier de la même année. Nous avons pris un cargo mixte pour l’Islande, et là-bas nous avons formé une sorte de « corps de volontaires » rassemblant tous les routards et les traine savates qui mourraient d’envie d’approcher un volcan de près. Ça a été pour moi le début d’un voyage de 27 mois qui m’a changé du tout au tout. J’ai commencé par traverser l’Atlantique Nord à bord d’un bateau jumeau de la Calypso de Cousteau. Un ancien dragueur de mine datant de la seconde guerre. Islande, Groenland, Terre-Neuve, Rhodes-Island, avec la queue d’un ouragan et des icebergs. J’y ai appris deux choses : avoir peur et le reconnaître d’une part, et changer de dimension d’autre part. La mer, qui n’est pas mon élément préféré, impose un mouvement continue. Il n’y a pas de nuit où tout s’arrête, il n’y a pas d’alternance jours/nuits. Il y a le mouvement du bateau sur le mouvement et la mer. Une progression constante. Ce sentiment d’avancer, sur l’huile ou dans la houle, face aux déferlantes. Je suis revenu de ce voyage, qui par la suite m’a mené jusqu’au Mato Grosso brésilien, en assumant mes peurs mais sans crainte de toujours avancer. Même si dans mon premier livre paru, Le Temps du voyage : petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape (Éd. Transboréal), j’ai défendu par la suite l’idée que la halte vaut mieux que le déplacement. C’est que j’ai aussi appris à ne pas avoir peur des paradoxes…

A. G. – À votre retour en France, vous devenez journaliste. Ce n’est pas tout à fait la voie à laquelle vous vous destinez avant de partir. Comment avez-vous appris le métier, cette écriture très particulière ?

I. M. – J’ai toujours voulu être journaliste, mais journaliste indépendant. Je gagne ma vie depuis l’âge de quinze ans (j’étais correspondant local de Toutes les Nouvelles de Versailles pour la ville de Meudon à l’époque) et j’ai en grande partie payé mes études grâce à mes piges. Là encore le voyage m’a servi. Sur la route, il faut s’intéresser à tout. Apprendre au contact des autres. Leur langue. Leurs coutumes. Leurs traditions. Leurs techniques. J’ai appliqué la même chose au journalisme. Au lieu d’abandonner mon article au secrétaire de rédaction pour qu’il en sorte un titre, un chapô et des sous-titres, j’ai appris à le faire. Puis j’ai suivi mon article dans la salle des maquettes pour voir comment on le calibrait, comment on le composait, comment on le montait. Quand l’article partait pour la gravure, j’ai suivi aussi. Puis à l’impression, pour comprendre comment on formait les morasses. J’étais toujours volontaire pour aller aux contrôles d’impression, comprendre comment tournaient les rotatives… si bien que très vite j’ai maîtrisé ce qu’on appelait à l’époque la chaîne graphique et que je suis devenu éditeur de magazines. Avec une « contre-conséquence », c’est qu’en fait j’ai désappris à écrire. D’abord parce que l’écriture journalistique est tellement calibrée qu’elle en devient artificielle. Souvent désincarnée. D’ailleurs pour économiser de l’espace, on vous incite, comme ils disent, à écrire « à l’os ». Ce qui veut dire sans chair, sans muscle, sans nerfs. Ensuite parce que ma facilité d’écriture me poussait à tout reprendre moi-même pour aller plus vite. Il m’est arrivé d’écrire seul des numéros entiers d’un hebdomadaire de programme télé de l’époque, Télé Guide. Programmes, résumés des émissions, courriers des lecteurs, horoscopes, tout… Et pendant ces trente ans, j’ai bien gagné ma vie, mais je me suis vraiment abimé l’écriture. Et donc cette qualité écriture que vous me reconnaissez aujourd’hui et que vous qualifiez gentiment de «si particulière », je crois qu’elle m’est venue en réaction à tout ça. Pendant cinquante ans, de 15 ans à 65 ans, je n’ai jamais cessé d’écrire. Officiellement pour gagner ma vie dans l’édition, secrètement pour sauver mon plaisir d’écrire dans mes manuscrits.

A. G. – Je crois que vous avez aussi un peu touché à l’édition. Vous connaissiez donc bien la chaine du livre, ses tenants et ses aboutissants, ses enjeux, avant de devenir écrivain ?

I. M. – J’aurais dû lire toutes les questions avant d’y répondre. Je crois que je viens de répondre à celle-ci. Je ne sais pas si connaitre la chaîne du livre m’a servi ou pas. C’est sûr que je connais parfaitement l’économie du livre. Son coût de fabrication, de diffusion, de distribution. C’est vrai que toute ma vie j’ai signé des contrats d’éditeur, d’auteur, d’imprimeur. Peut-être qu’avec l’âge (surtout avec l’âge !), cela peut me donner une certaine distance par rapport à l’auteur « innocent » qui débarque avec son manuscrit. Mais je ne suis pas devenu écrivain après avoir été éditeur. J’ai toujours été écrivain. J’ai été les deux en même temps. Un métier pour vivre, une passion pour survivre.

A. G. – Vous vous lancez à côté dans l’écriture romancée, mais si j’ai bien compris, vous avez un petit peu de mal à vous y tenir…

I. M. – Oui. Pour plusieurs raisons. D’abord j’ai créé, seul ou associé, deux sociétés qui ont totalisé à un certain moment plus de 35 salariés et c’était beaucoup de boulot et de stress à gérer. Ensuite parce que j’ai continué à voyager, seul au début, puis en couple ensuite, et en famille plus tard, et les voyages aussi, même quand ils ne sont plus du vagabondage, sont chronophages. Et enfin parce que je suis assez paresseux et complètement bordélique. Sans oublier l’éternel conflit d’intérêt entre vivre et survivre. Je commençais par exemple un roman « littéraire », mais si après une centaine de pages je m’interrompais quelques jours, le doute me prenait. Pourquoi écrire un roman prétentieux, toi qui écris facilement, écris un roman bien commercial, et avec ce que tu gagneras, tu auras les moyens de prendre le temps d’écrire ce que tu aimes vraiment. Donc j’abandonnais le roman littéraire pour entamer un roman commercial. Mais dès que je m’arrêtais, pour une raison ou pour une autre, quelques jours, le doute me reprenait. Mais si tu ne devais écrire qu’un seul livre dans ta vie, pourquoi gâcher cette chance en écrivant ce roman commercial. Écris plutôt le livre de ta vie ! Donc j’abandonnais le roman commercial pour revenir au roman littéraire, mais j’étais incapable de reprendre le premier. J’entamais donc un deuxième roman littéraire. Jusqu’à ce que, arrêté quelques jours dans mon écriture… et ainsi de suite pendant cinquante ans. Bref, quand j’ai écrit Yeruldelgger, j’avais dans mes tiroirs 18 manuscrits inachevés d’entre 100 et 150 pages…

A. G. – Quel est l’élément déclencheur qui vous donnera envie de vous y mettre sérieusement ? Quel est le premier livre abouti ?

I. M. – J’ai déjà eu l’occasion de raconter l’évènement qui m’a forcé à faire aboutir un manuscrit.  J’écrivais pratiquement chaque jour, et comme j’écris plutôt hors de chez moi (je ne peux pas écrire au calme, il me faut une certaine agitation autour), je rapportais chez moi le soir les pages écrites dans la journée. Quand notre plus jeune fille, Zoé, a eu l’âge de lire ce que j’écrivais, vers 13-14 ans, j’ai commencé à lui soumettre ma prose. Puis à 19 ans elle décide d’aller vivre en Argentine, à Buenos Aires, et je propose de lui envoyer par mail ce que je continuerai d’écrire. Mais elle pique une grosse colère. Depuis cinq ans elle ne lit que des fragments d’histoires, sans connaître aucune fin, aucun destin de personnage, alors elle dit qu’elle en a ras le bol, qu’elle arrête, basta, finito, elle ne lira plus rien de moi tant que je n’aurai pas terminé un manuscrit. Alors, comme un père peut se prendre au jeu avec sa plus jeune fille, je relève le défi et le pousse même un peu plus loin. Puisque c’est comme ça, j’écrirai deux livres par an, sous un pseudo et dans un genre différent à chaque fois. Et je fais une liste : essai, roman jeunesse, roman littéraire, polar, saga historique, et roman de société. Et ça marche. En 2012 je publie un essai sur les voyages chez Transboréal et un roman jeunesse chez Hugo & Cie qui gagne le Prix Gulli/Le Parisien du meilleur roman jeunesse 2012. L’année suivante, je publie Yeruldelgger chez Albin Michel et je termine le roman littéraire, qui en fait sert de cœur à la mise en abime de Mato Grosso, publié cette année chez Albin Michel. Bien sûr, le succès de Yeruldelgger m’a fait prendre un peu de retard, mais Zoé me l’a pardonné car la saga est signée pour une parution en 2019 et entre temps j’ai écrit deux autres volumes de la trilogie mongole… Voilà donc quel fut l’élément déclencheur de tout ça.

A. G. – Vous décidez ensuite de trouver un éditeur, comment se passe votre recherche ?

I. M. – J’envoie le manuscrit à la Série Noire chez Gallimard et un mois plus tard je reçois un courrier d’Aurélien Masson qui en était le directeur à l’époque me signifiant que  Yeruldelgger ne correspond pas du tout à la ligne éditoriale de la Série Noire.

Entre temps je croise dans mon quartier un copain de lycée avec qui je déjeune une fois tous les dix ans. Il vient d’acheter un appartement à deux pas de chez nous et nous invite à dîner. Une petite pendaison de crémaillère. À la fin du repas, quand les invités sont sur le départ, il retient une de ses amis et lui dit : à propos, toi qui travailles chez Albin, Patrick a écrit un roman. Son amie dit prudemment qu’elle n’est pas dans la partie éditoriale et qu’elle n’a jamais accepté de transmettre de manuscrit, mais elle veut bien jeter un coup d’œil sur le manuscrit. Deux jours plus tard elle me rappelle, très enthousiaste, et me dit qu’elle remettra le manuscrit de Yeruldelgger à une éditrice. Puis j’attends. Longtemps. Très longtemps. Entre temps j’ai inscrit Yeruldelgger au concours Nouveaux Auteurs / VSD et je reçois un message me félicitant d’être dans la dernière sélection, mais que pour participer à la finale je dois signer et retourner un contrat. J’en lis les termes et je suis effaré. Mais ça semble être ma seule chance d’être édité. Alors, en dernier recours, je me procure le numéro de téléphone de l’éditrice chez Albin Michel et je l’appelle pour lui dire que, voilà, j’ai une proposition à laquelle je dois répondre dans les 48 heures… Ah oui, mince, le truc Mongol, oups, je suis désolée, il est sous ma pile, tout en dessous, j’ai complètement oublié, je vais essayer de le lire au plus vite, désolée, excusez-moi encore… Et quarante-huit heures plus tard elle me rappelle en me disant que c’est excellent et qu’elle veut absolument le publier, après un peu de travail d’édition bien sûr. C’était Stéfanie Delestré avec qui j’ai pris un grand plaisir à travailler sur les trois polars mongols ainsi que sur Mato grosso. Stéfanie qui, clin d’œil de l’histoire, vient de passer chez Gallimard pour être la première femme à diriger la célèbre Série Noire.

A. G. – Mais vous êtes un touche à tout, et vous vous fixez un défi assez étonnant, écrire un livre par an dans chaque genre ?

I. M. – Encore une fois, j’ai répondu à cette question par avance. Mais je peux ajouter quelque chose. Quand on publie son premier livre à 65 ans, après une vie qui, matériellement, vous met vous et les vôtres à peu près à l’abri, ce n’est pas la même chose que de publier à quarante ans pour essayer d’en faire son métier. À mon âge, on ne cherche à construire ni une carrière, ni une œuvre. On cherche juste à écrire, enfin, tout ce qu’on a toujours voulu écrire. Sans la contrainte de rester dans les clous par rapport au public, par rapport aux libraires, par rapport au système. Alors je me donne toute latitude pour vagabonder d’un registre à l’autre. Mato Grosso est déjà bien différent de la trilogie mongole. La saga le sera encore plus. J’ai terminé le premier polar d’une nouvelle trilogie dont le fond et la forme n’ont rien à voir avec ce que j’ai écrit jusqu’ici, au point de désarçonner même au sein de ma maison d’édition. Mais j’ai confiance dans mes lecteurs et je suis persuadé d’une chose. Aimer lire, ça peut être aimer les livres. Chaque livre pour ce qu’il est, l’histoire, le style, le suspens. Mais aimer lire ça devrait être surtout aimer les auteurs. Leur faire confiance, même quand ils s’écartent de leur zone de confort, les suivre même sur les chemins qui surprennent, leur pardonner leurs écarts, chercher à les comprendre. Accepter qu’ils passent d’un genre à l’autre. Voilà pourquoi j’aime le faire. Les auteurs aux succès calibrés sont souvent adulés pour la rigueur de leur style. Moi je veux juste être aimé pour le côté vagabond et buissonnier du mien. C’est pour cette raison que j’ai insisté pour publier Mato Grosso plutôt qu’un quatrième Yeruldelgger. Un auteur, c’est un égoïste généreux. Généreux parce qu’il invente des histoires pour les autres, mais égoïste parce qu’il ne peut y réussir qu’en cherchant son propre plaisir dans l’écriture.

A. G. – Pourquoi avoir choisi de publier sous pseudo ?

I. M. – Par jeu. Pigiste déjà je signais mes articles avec des pseudos ridicules : Larry Tournell, Henry Bambell, Harry Cover… Pour mes bouquins, j’avais décidé de n’utiliser que des pseudos qui ont phonétiquement un sens en brésilien. Après le petit essai publié sous mon vrai nom, Patrick Manoukian, le roman jeunesse Les Bertignac l’a été sous le nom de Paul Eyghar (phonétiquement faire du stop en brésilien dans les années 70). Le roman littéraire, et par contrecoup Mato Grossoqui l’a « ingéré » (À lire pour comprendre), sont signés Jacques Haret (le caïman, mon animal fétiche, en brésilien). Le problème c’est qu’il ne me restait que Jacques Aranda pour le polar, et pour un polar mongol, ce pseudo latino ne le faisait pas vraiment. Alors j’ai eu recours à Manook parce que toute ma vie j’ai entendu ce surnom. C’était le surnom de mon père à l’usine où j’allais l’attendre, au foot où je l’accompagnais, avec ses amis… puis c’est devenu le mien, à l’école, en voyage, à la fac, au judo. Et quand j’ai créé ma première société, je l’ai bien entendu appelée Manook Editions. Donc Manook s’est imposé très vite comme pseudo pour signer Yeruldelgger. Mais j’avoue avoir passé beaucoup de temps à chercher un prénom qui s’accorde bien avec ce nouveau pseudo. Des mois. Jusqu’à la révélation, fulgurante : prendre le « ian » à la fin de Manoukian et le mettre devant Manook. Ian Manook était né !

A. G. – Le succès de Yeruldelgger est immédiat, vous recevez par ailleurs le Prix SNCF du polar 2014. Après des années d’écriture, comment vivez-vous cette soudaine notoriété et l’investissement de temps qui vous est demandé pour les salons, les rencontres, les signatures ?

I. M. – La première année est un vertige complet. Yeruldelgger est récompensé par 16 prix des lecteurs dont le Prix des lectrices de Elle, le Prix des dix ans de Quais du Polar, et le Grand Prix SNCF du Polar. Jusqu’au Prix du roman historique de Montmorillon au motif que je dressais un tableau de l’histoire contemporaine de la Mongolie. Et encore une fois, grâce à mon âge, le timing est parfait. Je suis disponible, encore en bonne santé, toujours accompagné de Françoise, mon épouse, et nous répondons depuis 2013 à environ 40 à 50 invitations par an sans que cela soit une contrainte ou une obligation. Le livre est traduit dans sept langues, avec autant d’invitations à l’étranger. En 2016 nous avons été invités à Rome par notre éditeur italien, Fazzi. Au cœur de l’été, de nuit, en plein air devant les ruines illuminées de la basilique Maxence et Constantin, devant 1800 personnes, une lecture en italien… Que peut demander de mieux un écrivain ?

A. G. – En 2015 et 2016, toujours chez Albin Michel, vous offrez deux suites à votre saga. Quels sont désormais les projets à suivre ?

I. M. – La saga, sur le thème de la diaspora arménienne, est signée pour une parution en 2019. J’ai ce polar « à l’américaine », premier d’une trilogie, qui est terminé et que je soumets en ce moment parce qu’il n’était pas prévu dans le programme initial. Je termine un roman qui se déroule en Islande, dans la même ligne que mes polars mongols. Je prépare aussi un gros projet de documentaire en Mongolie pour lequel je vais lancer dès début février une campagne de financement participatif sur la plate-forme Kiss Kiss Bank Bank. Et en échange d’un don de 50 euro, en plus d’autres contreparties, je me suis engagé à offrir un roman inédit à tirage très limité, numéroté et dédicacé, dont l’action se déroulera en Mongolie. Et donc il va falloir que je l’écrive celui-là aussi !

A. G. – Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes (et moins jeunes !) auteurs qui ont envie de faire connaître leurs écrits ? Des pièges à éviter ?

I. M. – C’est très prétentieux d’imaginer pouvoir conseiller quelqu’un. Il faut à la fois rester sûr de soi et de sa passion, et en même temps savoir accepter les critiques constructives. La plus belle découverte a été pour moi le travail avec mon éditrice. Cette façon d’arpenter ensemble le texte pour en désherber l’écriture. Y laisser juste ce qu’il faut de chardons pour le garder piquant, savoir cueillir quelques fleurs pour donner plus d’éclat à celles qui restent. Sans jamais utiliser de désherbant systématique et industriel. C’est ce qu’il faut savoir accepter : le regard d’autres yeux que les siens sur son propre manuscrit, parce que la finalité de l’écriture, c’est justement d’offrir votre prose à des milliers de regards différents. Par principe, j’accepte toutes les corrections grammaticales proposées, et j’étudie toutes les corrections structurelles, même si j’ai la chance qu’elles ne soient pas nombreuses. Et puis il y a des choses, quelques unes, sur lesquelles je ne cède pas. J’aime bien par exemple, de temps en temps, transitiver des verbes («la peur lui frissonna le ventre », « le ciel pleuvait des orages »). Dans ces cas-là, j’avais un code avec mon éditrice, Stéfanie Delestré : je portais en marge de la correction proposée « Non. Coquetterie d’auteur ! », et je vais continuer à le faire avec Caroline Ripoll, ma nouvelle éditrice chez Albin Michel. La relation entre l’éditeur et l’auteur relève d’un équilibre particulier. L’éditeur est un commerçant qui aime la littérature, et l’auteur est un littéraire qui rêve de s’enrichir. Et au milieu de tout ça, le livre est à la fois un objet industriel et une création intellectuelle. Un des meilleurs moyens de gérer toutes ces contradictions, c’est encore d’établir des rapports humains qui permettent d’accepter la franchise des critiques constructives. Et d’en discuter. Et bien entendu d’en tenir compte pour continuer à écrire.

A. G. – La petite question subsidiaire, pourquoi avez-vous décidé de prendre pour décor la Mongolie pour le polar ? Toujours le goût du voyage ?

I. M. – Quand j’attaque le polar, le troisième genre sur ma liste du défi, je n’ai aucune culture polar. Je n’en ai pratiquement pas lu et je me suis arrêté aux thrillers américains ou anglais des années 60/70 comme Le Carré, Forsyth ou Ludlum. Je décide donc de partir d’un personnage que j’ai développé dans un de mes manuscrits inachevés. Le type s’appelle Donnelli et il est flic dans le Brooklyn à New York (je lui adresse un grand clin d’œil reconnaissant dans La Mort Nomade). Puis je me dis que débarquant très tard dans le milieu très particulier du polar, j’aurais peut-être besoin de quelque chose pour me faire remarquer. L’idée me vient alors de dépayser mon histoire. Comme j’ai imaginé Donnelli plutôt balaise, solide, bâti comme un roc, j’ai pensé qu’un environnement minéral lui conviendrait mieux. Minéral et original si possible. Alors j’ai cherché dans nos souvenirs de voyage le pays qui pourrait convenir. Les possibilités étaient la Patagonie, mais Caryl Ferey faisait déjà ça très bien avec Mapuche. Ou l’Alaska, mais il y a une belle tradition d’auteurs alaskans. L’Islande, où de toute évidence la place était déjà prise (bien que je m’y risque dans mon prochain titre !) et la Mongolie que nous avons découverte en 2008. Nous y étions allés en famille parce que ma fille, Zoé, toujours elle, y parraine un petit garçon depuis très longtemps et qu’elle voulait aller vérifier sur place si les 30 euros par mois qu’elle envoyait là-bas étaient bien utilisés. J’ai donc opté pour la Mongolie à la fois par défaut et par coup de cœur. Mais dès que j’ai attaqué les premières pages de Yeruldelgger, j’ai compris que c’était un bon choix grâce à la culture chamanique dans lequel ce pays baigne en permanence. De nombreux éléments essentiels au polar comme la mort, la violence, la rédemption, le pardon, la vengeance prennent, dans la culture chamanique, une aspérité légèrement différente de celle qu’on leur reconnaît dans nos cultures occidentales. J’ai aussitôt pensé que cela pourrait donner à mon personnage une rugosité originale qui le démarquerait des autres héros contemporains.

Quant au goût du voyage, bien sûr que je l’ai encore, puisque je le répète nous préparons notre retour en Mongolie pour le documentaire dont je vous ai parlé (Et dont il faudra m’aider à relayer la promotion pour le financement participatif). Avec, petit à petit, nouveau, lancinant, l’appel d’un autre voyage, beaucoup plus grand celui-là, éternel, définitif, qui sera la fin du roman d’une vie, ou le début d’une nouvelle et mystérieuse aventure, et auquel je commence à penser un peu…

 

Amandine Glévarec

 

Kroniques.com

La lecture festive

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22 janvier 2018

Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur – Patrick Roegiers – Grasset – Janvier 2018

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Bord du Lac Léman, juillet 1948.

Du brochet à toutes les sauces…

Nous sommes en Suisse, pays de l’horloge.

Si l’adage selon lequel les Allemands sont en avance, les Français en retard et les Suisses à l’heure juste… Observons que pour un Suisse, être à l’heure, c’est déjà être en retard.

Léopold était né le 3 novembre en 1901, Georges, le 22 mai 1907 à 6h30 du matin… et, pour le lecteur que je suis, le plus discret, né un 22 septembre, celui qui va tout orchestrer, qui va le plus m’amuser, je l’appellerai l’instant de cette chronique Pat-aiR.  …

Et d’air il n’en manque pas…

« Coin-coin ! »

Marcher c’est penser. « Les grandes idées naissent au grand air », disait Nietzche, que les deux premiers susnommés n’avaient pas lu.

Le premier, roi, plus pour longtemps, toujours élégant, sportif, aimant les belles voitures et les belles femmes… avait été veuf rapidement.

L’autre, dessinateur, avait eu un premier amour déçu avec la fille d’un décorateur qui lui avait refusé sa main et qui s’appelait… Milou.

Notre Pat-aiR va alors construire un récit époustouflant, nous embarquant dans une nacelle, nous laissant voir et entendre ce que les protagonistes vont se confier, s’échanger…

Le balancier de cette vieille horloge suisse est alors soulevé par une plume… mais pas celle d’un volatile.

Un de ces appendices tégumentaires, taillé pour décrire l’instant, suspendre le temps, briser les diktats de l’écriture… sifflera l’air comme la flèche figeant la pomme !

Le tout sur le rythme effréné de la célèbre Ouverture de Guillaume Tell de Rossini, l’inventeur du tournedos.

 

A l’apogée de son talent, lâchant des perles cristallines, des trilles, des roulades, envoûtant ceux qui jouissent de son écriture, châtiant ses détracteurs, châtrant les tenants du plaisir solitaire qui restent seuls admiratifs de leurs scribouillages, Pat-aiR, Patrick Roegiers pour enfin le nommer, use à nouveau de son style flamboyant.

Gageons que l’on va encore beaucoup jaser dans les salons des Académies.

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21:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

18 janvier 2018

Les premières perles de la rentrée littéraire de 2018 : Zellweger, Roegiers, Crommelynck, Lemaître, Maugenest, Hiltunen, etc...

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2018 s'annonce riche en nouvelles découvertes. Un choix arbitraire doit se faire devant l'avalanche de livres qui nous sont proposés.

Voici quelques titres pour la plus grande joie de la lecture !

 

Scan_0001.jpgLes Espionnes du Salève – Mark Zellweger – éd. Eaux troubles

En juin 1940, l'armée allemande marche sur Paris. Le service de renseignement suisse surveille les frontières, tandis que les filières de passage de la France vers la Suisse romande se mettent en place et que la résistance s'organise entre Genève et Lyon. Hannah Leibowitz, rescapée du ghetto de Lodz, arrive à Genève et prend la tête d'un groupe de résistantes.

 

 

9782246860211,0-4693903.jpgLe roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur – Patrick Roegiers – éd. Grasset

En juillet 1948, Léopold, le roi des Belges et Hergé, le père de Tintin, se rencontrent au bord du Lac Léman. L'un est en exil et l'autre soigne sa dépression. Ils se confient l'un à l'autre pour se désennuyer. En réalité, ils jouent leur propre rôle dans un film où se croisent Donald Duck et des acteurs du cinéma américain du début du XXe siècle.

 

 

CeeJay Couverture Le prophète du néant.jpgLe Prophète du néant – CeeJay (Jean-Claude Crommelynck) – MaelstrÖm

Ce qui a motivé l'écriture du Prophète du néant est le temps présent, ce qu'il annonce, ce qu'il transforme.

Les poètes, comme tous les artistes, sont des voyants, leurs écrits sont prophétiques et ne seront compréhensibles et admis que plus tard.

 

Etienne de Silhouette.jpgEtienne de Silhouette (1709-1767) Le ministre banni de l'histoire de France - Thierry Maugenest ) - éd. La Découverte

Biographie de ce ministre des Finances de Louis XV qui mena une politique novatrice afin de soulager le peuple en taxant la finance et la noblesse, une décision que l'aristocratie ne lui a pas pardonnée. Figure oubliée, il fut un des grands hommes du XVIIIe siècle, à la fois voyageur, écrivain et espion.

 

Scan_0002.jpgL’autre voie – Boris Akounine – éd. Louison

Ce roman offre un portrait poignant de la jeunesse soviétique de l’entre-deux-guerres. Elle est à la fois pétrie d’optimisme et inquiète de l’avenir, au sein d’une société qui dessoûle lentement et douloureusement de l’ivresse de la révolution. L’Autre Voie est le deuxième volet de la trilogie Album de famille, un récit du XXe siècle russe que l’on découvre à travers le destin de plusieurs personnages.

 

Scan_0007.jpgL’infinie patience des oiseaux – David Malouf – éd. Albin Michel

1914, Queensland, en Australie. Ashley Crowther, qui a hérité de la ferme de ses parents, engage Jim Saddler pour travailler à la création d'un sanctuaire pour oiseaux migrateurs. Ce dernier devient ami avec Imogen Harcourt, une photographe anglaise. Plus tard, les deux jeunes hommes s'engagent dans la guerre, d'où ils ne reviendront pas, et laissent Imogen seule en Australie.

 

 

Scan_0006.jpgCommunity – Estelle Nollet – éd. Albin Michel

Cookers, un cuisinier néo-zélandais, s'embarque pour New Aberdeen, un îlot de l'hémisphère Sud à des milliers de kilomètres de toute terre, pour nourrir une équipe de neuf scientifiques et militaires. Mais le système informatique tombe en panne et les isole du monde et le bateau censé les ravitailler n'arrive jamais. Les mois passent et certains décident de partir sur une embarcation de fortune.

 

 

Scan_0005.jpgCouleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre – éd. Albin Michel

En 1927, à la mort de son père, Madeleine Péricourt se retrouve à la tête d’un empire financier. Mais son jeune fils Paul marque de façon tragique le début de sa déchéance. En butte aux ambitions frustrées et aux jalousies de son entourage, Madeleine tente de s'en sortir.

 

 

 

Scan_0004.jpgLaRose – Louise Erdrich – éd. Albin Michel

Dakota du Nord, 1999. Au cours d'une partie de chasse, Landreaux Iron tue accidentellement le petit garçon de son ami Peter Ravich. Horrifié, il décide de respecter une ancienne coutume de sa tribu indienne et offre son plus jeune fils, LaRose, aux parents en deuil. Cette décision, mise en parallèle avec un événement similaire survenu dans les années 1840, bouleverse les deux familles.

 

Scan_0003.jpgLe Cirque de la solitude – Nadia Galy – éd. Albin Michel

Jacques est élu président de l'Assemblée corse. Il prépare un référendum pour l'indépendance de l'île lorsque son père lui avoue que le contremaître de leur domaine viticole a renversé un travailleur marocain avec son tracteur et l'a enterré sur leur propriété. Jacques est alors face à un dilemme, dénoncer celui qu'il considère comme un frère ou étouffer l'affaire.

 

Scan_0010.jpgLa disparue de la cabine n° 10 – Ruth Ware – éd. Fleuve noir

Laura Blacklock, journaliste, s'apprête à sillonner les mers du Grand Nord à bord de l'Aurora, un yacht luxueux. Entre champagne et bavardages, tout se passe bien jusqu'à ce qu'elle voie, en pleine nuit, la passagère de la cabine voisine être jetée à l'eau. Seulement personne ne manque à l'appel et elle est la seule à avoir vu le meurtre.

 

 

9782265117273,0-4697478.jpgTrente jours – Annelies Verbeke – éd. Fleuve noir

Trente jours de la vie d'Alphonse, musicien, artisan... et " faiseur de miracles ". Récemment installé avec Kat, sa femme, dans un village de Flandre Occidentale, il a renoncé à sa carrière de contrebassiste de jazz pour devenir peintre en bâtiment. Un choix qui lui a révélé un curieux don : au-delà de leurs murs, ce sont les failles de leur intimité que ses clients lui confient, dans l'attente d'un conseil, d'une aide ou d'un pardon.

 

9782265116450,0-4751227.jpgSi vulnérable – Simo Hiltunen – éd. Fleuve noir

La famille Virtanen est unie, bien sous tous rapports. Les parents ont un emploi stable, leurs deux filles mènent une scolarité brillante. Ils sont sociables, serviables, avenants. Tous leurs voisins s’accordent à le dire. Pourtant un jour, tout bascule. Le père tue des enfants et son épouse avant de se donner la mort.

 

 

Scan_0011.jpgLe cas singulier de Benjamin T. – Catherine Rolland – éd. Les Escales

Une crise d'épilepsie propulse Benjamin dans une autre réalité. Il se trouve en pleine Seconde Guerre mondiale, en compagnie de jeunes hommes. Le Benjamin de 2016, qui est aussi le Benjamin de 1944, se retrouve à cheval entre deux époques, deux mondes et deux vies possibles. Pourra-t-il choisir celui qu'il veut être ? Une réflexion sur les choix qui engagent toute une vie.

 

Scan_0012.jpgBrigitte Macron - L’affranchie – Maëlle Brun – éd. L’Archipel

Subjuguée par l'intelligence de son époux, elle se définit comme « la présidente de son fan-club ». Elle dit ne jamais l'influencer mais se contenter de « l'accompagner »...Pourtant, nul ne doute que, pour Emmanuel Macron, Brigitte est bien plus que ce qu'elle prétend. Depuis leur rencontre au lycée de la Providence jusqu'au perron de l'Élysée, elle n'a cessé de l'inspirer et de le guider.

 

Scan_0013.jpgLes passagers du siècle – Viktor Lazlo – éd. Grasset

Dans un bordel de Dantzig, en 1906, Samuel Wotchek et Josefa Yamissi tombent amoureux. Ils veulent refaire leur vie en Martinique, au risque de tourner le dos à la souffrance de leurs ancêtres. En effet, Samuel est le descendant d'un Juif polonais qui a connu l'espoir et les tragédies, et Josefa, la descendante d'une femme arrachée aux siens, vendue comme esclave au Sénégal puis envoyée à Cuba.

 

Scan_0014.jpg1531 Le Phénix – Thierry Jacquemin – éd. Jourdan

Une ode originale et décoiffante à la liberté : un droit, mais aussi un devoir à exercer en accord avec sa perception de la vérité et des valeurs, dans un environnement philosophique, sociétal et politique chaotique, où d’autres humains perçoivent d’autres vérités et tentent d’imposer d’autres valeurs.

 

 

Scan_0016.jpgLa nuit je vole – Michèle Astrud – éd. Aux forges de Vulcain

Non seulement Michèle est somnambule, mais elle vole dans son sommeil et peut ainsi se réveiller au sommet d'une montagne. Ce don particulier éveille l'intérêt de tous, la plonge dans de nombreux questionnements et bouleverse son rapport aux autres.

 

 

Scan_0015.jpgDispersion – Carino Bucciarelli – éd. Encre Rouge

« Je peux le jurer, ma main et même toute une partie de mon avant-bras se sont liquéfiées un bref instant sous mes yeux. »

Ainsi commence la première histoire de ce livre. Et, dès lors, l’auteur va nous entraîner dans un labyrinthe où passeront tour à tour un oiseau inquiétant, un meuble qui s’humanise, des êtres fous sortis de mondes imaginaires et des hommes ou des femmes comme vous pris dans les délires de leur vie quotidienne.

 

Scan_0017.jpgLes Egarés – Edith Soonckindt – éd. MaelstrÖm

Soonckindt a demandé à sept amis aux quatre coins du monde de lui raconter une journée type de leur vie. Elle a trié ces données et tenté d'en déduire des statistiques mondiales. Le résultat, un récit tantôt absurde, tantôt poétique, dans lequel s'immisce un Japonais inconnu, parle de ces quatre coins du monde, mais surtout de Bruxelles, centre névralgique et ville de tous les possibles.

 

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