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27 février 2017

ARNO BREKER – Une biographie – Joe F. Bodenstein – éditions Séguier – 1147 pages – Novembre 2016

arno breker bis.jpgRome, Villa Massimo.

« Permettez-moi de me présenter. Boursier Arno Breker. »

En fixant les yeux du boursier, d’un regard perçant, l’ecclésiastique lui répondit : « Enchanté ! Je suis le père Georges. »

Breker ne fut pas déconcerté et demanda avec une politesse naturelle : « Et avant d’être au service de l’Eglise, que faisiez-vous ? »

« C’est une longue histoire. Mais pour être bref, j’étais Georges de Bavière. »

Breker insista : « Le Prince Georges de Bavière ? »…

Breker, alors âgé de 32 ans, était venu à Rome « pour apprendre, comprendre et s’inspirer, mais non pas pour débattre des théories artistiques dont l’humanité n’a en réalité pas besoin. A Rome et à Florence, il trouva là tout ce qu’on pouvait espérer d’une réunion de l’architecture et de la sculpture dans la ville. Visible pour tout le monde et faisant partie intégrante de la vie, une abondance toujours grandiose de places merveilleuses, de puits, d’églises et de palais. ».

A la découverte de nouveaux panoramas, de paysages ou d’agglomérations, à la recherche du présent et du passé, Breker se sentait constamment emporté, parfois jusqu’à l’euphorie…

Le projet de Breker étant de percer les secrets de l’inachevée Pietà Rondanini de Michel-Ange…

 

« Un ange bienveillant nous a réuni » dit une autre fois le prince Georges… Monsignore Giorgio, proche et ami du Pape…

« Le Saint-Siège a des sérieux projets de construction sur son territoire et dans ses missions. »…

Breker regarda le prélat d’un œil dubitatif. Il se souvint soudain que de nombreuses offres alléchantes, comme d’autres précédentes ambitions à Paris, s’étaient envolées par le passé.

Le caractère éphémère de la vie n’épargnant personne, Breker fit choix d’un emploi judicieux de son temps sur terre…

Il ne sera pas le sculpteur des papes…

Il avait auparavant découvert Paris, sa langue et ses artistes… Ensuite Rome, Florence et Venise.

Il reprit la route de Berlin.

 

A l’époque, Breker ne savait pas ce qui se passait « dans les coulisses ».

Il faisait l’objet d’insinuations subtiles, suggérant qu’après son long séjour parisien, « le Français » se sentirait probablement plus proche du peuple outre-Rhin que des allemands.

Pour lui nuire, on le traitait aussi d’«amis des juifs »…

La tourmente arriva…

Le pouvoir se l’approprie…

 

Bien des années après…

Serge Lifar témoignera lors d’une réception à l’occasion du 75e anniversaire de Breker à Paris : « C’était une consolation dans ces temps de guerre et de haine, de trouver des deux côtés opposés des hommes qui se rencontraient paisiblement. Ces rencontres trouvaient leur terrain d’entente dans le mépris de la guerre et le souhait de fraternité ».

 

À en croire les notices biographiques, la carrière d'Arno Breker se résume à sa collaboration artistique avec le Troisième Reich. Mais est-il seulement admis, plus de vingt-cinq ans après sa disparition, de parler du sculpteur en l'associant à « une œuvre » ? Pour certains, il est tout à fait possible de démêler l'art de la politique, pour d'autres, « les décorateurs de la barbarie » ne méritent ni exposition ni littérature - ce serait courir le risque de leur réhabilitation.
La présente biographie nous paraissait néanmoins devoir exister. D'autant qu'elle trouve dans la personne de son auteur, Joe F. Bodenstein, une justification extraordinaire : il est le principal témoin vivant du sculpteur et de sa carrière. Il connaissait tout de ses opinions, de ses doutes, de ses amitiés, de ses ventes. Ainsi Joe F. Bodenstein raconte-t-il les vies parisiennes d'Arno Breker (de 1926 à 1932 puis dans les années soixante), revient sur son étroite relation avec l'architecte du régime nazi, Albert Speer, évoque la fin de la guerre, les jugements, les tentatives de récupération par Staline, et puis la (relative) renaissance de l'artiste : Jean Cocteau, Salvador Dalí, Peter Ludwig et même Konrad Adenauer lui passèrent commande au cours de ces années-là. Ce livre emprunte toutes les routes du sculpteur et tente, en creux, de définir la valeur de l'art officiel sous un régime totalitaire.

Arnon.jpg

 

16:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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