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26 mars 2017

La mort d’un homme – Lael Wertenbaker – Editions Séguier – 208 pages – Février 2017

la mort d'un homme.jpg« Imaginez un homme, un Américain, qui va mourir et s’y résout en relisant Montaigne et en regardant vers l’horizon, au-delà de la baie de Saint-Jean-de-Luz. Il vit ses dernières lumières, et sa femme près de lui n’en perd pas une miette, pas une seconde. Évidemment, c’est une histoire d’amour. » Préface d’Olivier Mony.

Charles et Lael Wertenbaker, deux figures du journalisme américain, amis de Welles, de Capa et d’Irwin Shaw, décident d’interrompre leur carrière respective à Time Magazine. En quête d’une vie apaisée, ils s’installent à Ciboure, au Pays basque, avec leurs deux enfants, des étagères de livres, une machine à écrire, sans oublier quelques bouteilles de whisky... Mais en 1954, Charles se découvre atteint d’un cancer.

« Sommes-nous riches ou pauvres en ce moment ? » avaient coutume de s’inquiéter les enfants avant de demander quelque chose, ne considérant nullement la réponse comme un élément de la stabilité ou du standing social de la famille. « Ils se targuaient », écrivait Charles dans le roman inachevé qui avait pour sujet l’histoire d’un couple, « de pouvoir passer de l’aisance à la simplicité avec simplicité et aisance. »

Lael et Charles étaient parfois confondus par les parallèles de leur passé et le miracle improbable de leur rencontre…,

Découvrant des incompréhensions, ils se trouvaient soudain dans une solitude atroce, d’autant plus vive qu’ils avaient pensé que leur mariage bannirait à tout jamais la solitude.

Quel nom lui donner ?

Cet état positif d’existence, résultant d’un état négatif : l’absence de solitude.

« Mourir est la dernière chose que j’aurai la chance de bien faire, avait dit Wert (Charles Wertenbaker). J’espère de toutes mes forces y réussir. »

Il ne fut pas plus obsédé par la mort qu’il ne l’avait jamais été. C’était sa fin, il ne l’ignorait pas.

Un homme actif, au contraire d’un contemplatif, peut choisir délibérément de vivre ses derniers jours comme s’il allait vivre éternellement. C’est son droit de refuser de connaître son destin, comme ce fut le droit de Wert de connaître le sien.

C’est un sujet illimité qui touche la multitude des hommes.

En effet, de toutes les attitudes, la plus rare est celle de l’acceptation pure et simple. Il est peut-être plus facile d’être noble que naturel devant la mort.

Heureux de la lenteur des jours, de la sensation d’être suspendu entre des horizons sans fin, jouissant de l’arrêt du lieu et du temps…

De toute façon, le lendemain du grand départ, de toute façon, les lettres de condoléances, aussi sincères soient-elles, sont semblables à des fleurs choisies, dépouillées d’épines et de mauvaises herbes…

En triant les papiers qu’il avait laissés dans la tour, Lael tombera sur quelques notes dont une se terminait par : « Rien dans notre expérience n’est jamais perdu et tout peut nous revenir au moment de la mort – si vous n’attendez pas trop longtemps. »

« De ce qui est bon tu peux bannir tous les détails du monde ; ils reviendront à la moindre sollicitation. » Charles Wertenbaker.

Comme il est de règle qu’on amène un malade grave sur un chariot au moment précis où un convalescent s’éloigne en vacillant vers la liberté…

 

Débute une nouvelle vie, la dernière. Lael entreprend de la raconter en veillant à tout consigner. Elle est la greffière des derniers mois. Elle le fait sans se départir de son regard précis, épris de vérité, comme si la vocation journalistique était une authentique nature.

 

Un beau récit poignant d’humanité.

21:27 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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