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27 avril 2017

[CHRONIQUE LITTÉRAIRE] CHAQUE SECONDE EST UN MURMURE D’ALAIN CADÉO -La-vi(ll)e-en-rose

  

Chaque seconde est un murmure

         Alain Cadéo nous habitue au fil de ses publications à des invitations au voyage. Et l’on souhaite de tout cœur qu’il ne s’arrêtera pas de sitôt. Cette fois-ci, avec Chaque seconde est un murmure, il nous entraîne à Luzimbapar… Je te souhaite bon courage pour dénicher cet endroit improbable sur un planisphère et, pour les plus empressés, sur la toile… Mais pas sûr que tu soies en capacité de pouvoir t’y rendre aussi aisément sauf si tu sais faire preuve d’imagination… Ce dont je ne doute pas. Mais le mieux reste encore d’accorder toute confiance à notre hôte écrivain. Et de le suivre en toute quiétude.

         Qui est Iwill, ce grand jeune homme d’une vingtaine d’années, d’un mètre quatre-vingt-quinze, aux cheveux roux, à la  peau laiteuse et fragile, légèrement voûté (l’élégance des grands maigres), à la démarche un peu dégingandée mais chaloupée qui s’arrête chez Sarah et Laston, couple qui vit entouré de chiens dans des montagnes rouges auprès d’une mine ? Qui est ce baladin à qui on propose de se poser quelques temps, parce qu’il semble éreinté, parce qu’il semble ébréché par l’existence. En effet, Iwill vient de subir un accident de voiture, dans lequel il a perdu sa bien-aimée, Catherine… Mais ce séjour chez ces deux-là ne sera pas nécessairement un séjour vacances, une sinécure, car on lui impose deux missionsbien distinctes, l’une physique, l’autre plus artistique et intellectuelle : d’une part, prêter la main à Laston dans son travail de tunnelier ; d’autre part, rédiger pour Sarah, un journal de son quotidien sur un vieux cahier de comptes, étrange grimoire. En échange, il bénéficiera du gîte et du couvert.

Alain Cadéo

Photo d’Alain Cadéo © DR

         Une fois encore, Alain Cadéo accorde tout intérêt à la puissance de la rencontre, des rencontres. Et dans ce voyage proposé, ces rencontres vont changer le quotidien d’Iwill, d’abord ses hôtes qui vont prendre soin de lui, bienveillants, aimants et rassurants, et puis cette nature retrouvée, laquelle se montrera autant éprouvante que structurante. (Eh non, pas si évident de domestiquer la roche même si on semble plein de fougue, de force, de sève et d’envie quand on est jeune et innocent). Mais Iwill est aussi fragile qu’une feuille même s’il paraît plein d’entrain : il est bien emprunté avec ce grand corps, cette voix qu’il ne maîtrise qu’en soufflant les mots, et puis son passé qui ne fut pas nécessairement des plus fondateurs.

         Ce qui nous transporte, c’est l’amour qui se dégage de ce roman, l’amour pour les uns les autres, entre les uns les autres, l’histoire d’amitié amoureuse entre Catherine et Iwill, la communion avec la nature. Ce qui marque également c’est cette remarquable pudeur qui n’empêche jamais la liberté de ton, les envolées des personnages, des individus au grand cœur, des individus aux aspérités délicieuses. Et si dans ces caractères bien trempés on pouvait s’y retrouver un peu… Et si dans les élans comme les lâchetés, il y avait un peu de nous tous… Enfin, Alain Cadéo ne fait jamais l’impasse sur sa force : mettre de la poésie dans chaque situation, dans chaque page, dans chaque phrase. Et c’est heureux !

Au moment de refermer ce roman si singulier, si goûteux, on se demande si l’on n’a pas rêvé, si l’on doit absolument rentrer de ce pays des murmures. On se demanderait même si Iwill n’a pas rêvé lui-même toute cette épopée à Luzimbapar. Ou quand la réalité s’avère plus tragique que les chimères…
À lire et relire sans modération (modération : dix lettres)

 

Source : http://la-ville-en-rose.com/chronique-litteraire-chaque-s...

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