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15 novembre 2017

Mato Grosso – Ian Manook – Albin Michel – 313 pages – Octobre 2017

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Haret, un jeune voyageur, s'arrête dans une bourgade brésilienne du Mato Grosso, l'un des 26 États du Brésil.

Il s’y lie d'amitié avec le commissaire Santana et s'entiche d'Angèle, une Française expatriée. Elle le délaisse pour un journaliste et, contraint de partir du village, il rumine son échec avant de revenir assassiner son rival.

Des années plus tard, il écrit son histoire, ce qui entraîne de funestes conséquences.

 

Dans son nouveau roman, l’auteur Ian Manook, telle une liane s’enroulant dans les mots, joue avec ceux-ci, profitant de son terrain d’aventure pour nous faire découvrir toute la richesse de ses jeux de mots…

- Jacques Haret ? Oui bien sûr. Phonétiquement, c’est le jacaré, le caïman, n’est-ce pas ?

- Intéressant ! Et vous savez qu’il signifie aussi quelque chose en français, je suppose ?

- Non, quoi ?

- Un haret, c’est un chat domestique redevenu sauvage…

 

Manook le voyageur nous invite dans « le  petit chalet au milieu des montagnes  » la maison brésilienne de Stefan Zweig où plane encore l’ombre du célèbre écrivain qui s’y est donné la mort.

L’écrin idéal pour donner au lecteur le frisson glacial d’un bon début de roman.

 

Dans ce pays où les pauvres transpirent ce qu’ils supportent. Leurs faims, leurs insomnies, leurs renoncements, le voyageur sentira tomber sur lui ce regard plus que méfiant que curieux. « On n’est jamais vraiment du pays où l’on échoue. Jamais. Je n’appartiens pas à ce pays. Ni à ce jour. Ni même à ce bus. Ce voyage n’est pas le mien. Comme si je ne faisais que profiter du leur. Comme un receleur ».

Par un de ces contrastes qui font la rêverie vagabonde, l’écrivain nous plonge dans un monde qui pourrait s’endormir dans l’éternelle torpeur d’un après-midi brésilien… Parce que dans la lumière des flamboyants, l’idée d’une pénombre secrète sous les lourds ramages nous y invite…

Ah, la mangueira ! Un monde clos qui nous reçoit sous ses jupes végétales, chaque branche maîtresse refermant sur nous ses invitations généreuses. Là-haut se trouve la fraîcheur, roulent les rondeurs d’un feuillage mystérieux qui s’entrouvre soudain à d’autres profondeurs, nous prend dans le détour d’une courbe, et nous guide à travers un apaisant labyrinthe en haut duquel ne peut qu’attendre, l’écaille fraîche et luisante, un de ces boas légendaires que les gens du pays appellent le mapinguari.

 

Il y a eu crime… mensonge…

La vérité fardée comme on maquille une scène de crime.

Et il n’y a pas dans ces terres lointaines, de trahison courageuse. Soit le sang bouillonne, parle et coule, dans des accès de fureur animale, soit la trahison s’enferre dans un entêtement d’une logique stupide et de mauvaise foi.

Un atavisme indien peut-être.

C’est un pays où il est rare de dire non. Il suffit souvent de ne jamais dire oui.

 

Voilà ce que le héros aurait dû comprendre ce jour-là. Que le temps, dans ce pays, n’existe pas. Que seul vaut le présent, celui qu’on ne peut ni prévoir ni refuser.

 

L’auteur, Ian Manook, après nous avoir fait découvrir Yeruldelgger et la sauvage Mongolie, nous montre d’un doigt impératif… là dans l’obscurité…

Comme le soir descend ce jour-là sur le Rio São Lourenço, un long sucuri tire sur les eaux un sillon en pointe qui s’élargit. L’horizon est si plat et le serpent si grand que les vagues en gondolent la pirogue…

Ils sont debout dans la nuit, sur le pas de leur porte. Ils nous entendent depuis longtemps. Géants, rabelaisiens, hirsutes, un gilet sans manches sur leur chemise blanche, le ventre retenu par une lourde cartouchière bardée de douilles rutilantes. Ils nous entendent depuis longtemps, nous écoutent depuis plus d’une heure, devinant chaque juron et dans quel arbre de leur ferme s’est prise la pirogue. Ils savent combien nous sommes, combien d’embarcations, combien d’hommes… Ils ont vite repéré l’étranger que je suis, à la simple façon dont je suis assis et à ma position dans la pirogue.

Aussi, quand nos deux embarcations s’échouent dans l’argile à leurs pieds, les seuls mots échangés ne sont que de simples salutations :

- Boa noite, compadres.

- Boa noite.

 

Une autre écriture pour un autre voyage.

Flamboyante lecture !

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16:32 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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