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06 août 2017

Le prophète du néant - CeeJay - Maelström Éditions - 264 pages - Juillet 2017

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« Les prophètes sont à venir »

À l’heure où le dialogue semble de plus en plus difficile à nouer entre l’Occident et l’Orient, Ceejay fait le pari du prophète-poète car il sait justement que nul ne l’est dans son pays. Avec ce second recueil, l’auteur, qui est d’abord peintre et sculpteur, développe une langue dépliée, incantatoire par moments comme un chant, une prière, celle lancée par le muezzin, une psalmodie et revendique une parentèle avec le projet poétique soufi. Si le pari est audacieux, c’est qu’il va à rebours du contexte de repli identitaire auquel on assiste aujourd’hui. En misant sur l’autre, en interrogeant  les vécus intimes de chacun, le poète érige des ponts du Nord au Sud, tend « des cordes de clocher à clocher » – à minaret – pour tenter de s’extraire du néant, pour échapper à cette « saison en enfer » qui plombe et enferme. Sans oublier de laisser la parole à ceux qui n’ont peut-être pas ou plus assez de mots pour chanter, Ceejay traverse son Orient à la manière d’un pèlerin, d’un frère. La poursuite du dialogue, la liberté de la parole échangée sont les derniers remparts contre l’aveuglement et la cécité. Le poète est prophète, voyant bien sûr et toujours curieux des choix de l’Autre. Il nous rappelle que les feux qui attisent la foi du croyant comme de l’athée sont des âtres dansant et non les flammes d’un bûcher.

Prince déchu réduit à l’état de reclus
Toi l’homme, l’ange, le dieu et le démon
Tout se perd il ne reste qu’à mourir.

Dans ce laps il faut vivre
Parole de prophète
Mots de poète.

Toi mon frère
Que ta vie soit un chemin de roses
Loin des docteurs de la foi.

Tels des versets hiératiques qui précéderaient le souffle du temps et « les nuits bleues d’Orient », les vers de l’auteur, s’ils mêlent subtilement poésie et prière, s’ancrent également dans la description d’un paysage, l’effervescence d’une ville marocaine ou égyptienne.

La rue, la foule, ses cris
Coups de klaxon incessants
Le vent qui souffle à travers les rues à angles droits
Feux de signalisation qui ne servent à rien
Emsemen
[1] et cigarettes à la pièce vendus sur le trottoir

Enfin, signalons l’usage dans le texte de nombreux mots arabes translittérés ou de poèmes traduits en arabe qui participent de cette attention à l’autre qui traverse le recueil, de cette volonté d’appréhender les autres réalités. Comment dès lors le faire si ce n’est par le langage comme une assomption verbale du réel ?

Rony Demaeseneer

Le Carnet et les Instants

Revue des Lettres belges francophones

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02 août 2017

Devoir de mémoire – Eric Dupuis – Éditions Ravet-Anceau – 324 pages – Juin 2017

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En pleine débâcle dans son couple, et juste de retour d’un poste en ambassade au Kurdistan, Philippe Cuvelier, major de la police nationale, est alerté par un proche voisin d’un souci dans la propriété de ses vieux parents…

 

Edith, âgée et malade, se cloître dans sa résidence du bassin minier, fusil à la main, pour se protéger de mystérieux hommes en noir.

 

Le major Iwan Kaczmarek et  Constantini un ex-agent à la retraite découvrent chez elle le corps de son mari. Si Kaczmarek est persuadé de la culpabilité d'Edith, Constantini, ancien responsable de la brigade criminelle de Lille n'en est pas sûr.

 

Le passé d'Edith, favorite malgré elle d'un SS pendant la guerre, semble refaire surface.

 

Pour Constantini, cette affaire lui en rappelait une autre traitée par son père, lui aussi dans la police dans les années 50, comme inspecteur. Dans la région il était question de disparitions inquiétantes et plus précisément dans le canton d’Hénin-Liétard, alors que quelques hommes venaient de regagner leur foyer conjugal, suite à une déportation…

 

Eric Dupuis nous plonge dans une affaire qui sent la poudre et qui bien évidemment devient de plus en complexe au fil des pages.

 

L’équipe formée par Bordas et Kaczmarek a-t-elle les reins assez solide pour la traiter ?…

 

L’auteur, un brin sanguin et fougueux, se permet quelques petites entorses qui donnent au récit ce piment tant apprécié des lecteurs qui le suivent. 

S'il gagnerait à être élagué de certains passages aux termes administratifs trop carrés, le récit reste « fleuri » de tournures très amusantes.

Un ouvrage captivant et intéressant surtout en ce qui concerne les Lebensborn d’une part et l’observation de la dégénérescence de certaines personnes âgées d’autre part.

13:41 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (1)

31 juillet 2017

Bruxelles au tableau noir Le patrimoine des écoles, miroir de la guerre scolaire - Thierry Demey - Guides Badeaux - 2016 -

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La liberté de l’enseignement, recouvrant aussi bien celle d’enseigner que de choisir son école, a été inscrite dans la Constitution belge de 1831 en réaction à la mainmise de l’Etat sur l’éducation pendant les régimes français et néerlandais. C’est le début d’une guerre d’influence permanente entre cléricaux et laïcs, oscillant entre confrontation et compromis, dont le point d’équilibre mettra plus d’un siècle à être trouvé. Face à l’écrasante domination de l’école libre confessionnelle, l’école publique a dû se faire une place au forceps. Pas à pas, elle a acheté son développement en échange du soutien financier de l’Etat et des collectivités locales aux institutions catholiques, assorti d’un contrôle sur ses programmes. Le pacte scolaire (1958) a mis un terme définitif à la guerre scolaire en plaçant les deux réseaux sur pied d’égalité.

Le patrimoine des écoles reflète cette opposition idéologique à la fois dans les styles adoptés et la façon de construire. Même si elle obéit à des normes fonctionnelles d’hygiène et de confort, l’école publique sacrifie avec autant d’ardeur que l’école confessionnelle aux références historiques pour l’habillage de ses édifices. Pour la première, l’âge d’or de la Renaissance exalte les valeurs civiques, les vertus du droit et des libertés qui ont l’Antiquité revisitée pour berceau. Pour la seconde, la civilisation chrétienne médiévale conduit à revisiter les styles gothique et roman qui ont fait sa gloire.

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