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12 janvier 2018

Etienne de Silhouette (1709-1767) Le ministre banni de l’histoire de France – Thierry Maugenest – Éditions La Découverte – 222 pages – Janvier 2018

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Du mot, nous pensions bien évidemment à ce portrait de profil exécuté en suivant l’ombre projetée par un visage, à cette forme qui se profile en noir sur un fond blanc.

Le dictionnaire historique de la langue française, sous la direction de Jean Rey, nous explique que ce nom féminin apparu en 1759 dans l’expression à la silhouette, vient du nom d’Étienne de Silhouette, homme politique (1709-1767). Celui-ci fut impopulaire et chansonné pour ses projets d’économie, lorsqu’il fut ministre des Finances (mars-novembre 1759). On a supposé sans preuve que l’expression évoquait le fait qu’Étienne de Silhouette avait l’habitude de tracer ce genre de profils.

 

Thierry Maugenest nous livre une biographie de ce ministre de Louis XV qui mena une politique novatrice afin de soulager le peuple en taxant la finance et la noblesse, une décision que l'aristocratie ne lui a pas pardonné.

C’est néanmoins en 1759, avec la cabale organisée contre Silhouette, que l’arme du ridicule porte sans doute les coups les plus durs. L’aristocratie fait afficher dans tout Paris des pamphlets qui brocardent celui qui a osé la taxer. Puis ce sont des petits livres satiriques, dirigés contre son ennemi, qu’elle fit distribuer gratuitement dans les rues.

A la même époque, une mode vestimentaire fait fureur.

Des vestes étroites aux lignes épurées se portent sur des pantalons dénués de poches. Ces tenues sont bientôt baptisées par la noblesse des habits « à la Silhouette » car nul ne peut-y glisser sa bourse, puisque, dit-on, le ministre des Finances a pris tout l’agent qui restait. Comme une traînée de poudre qui prend feu, le personnage attise les passions. Des portraits dessinés de profil d’après l’ombre portée sur une feuille blanche par le visage éclairé à la chandelle, très en vogue, reçoivent le nom du contrôleur général des Finances. Cette technique connut un tel succès que tous les foires et bals publics ont leur « découpeur de silhouette ».  Par extension, tout ce qui paraît étriqué, éphémère ou approximatif ne tarde pas à être qualifié d’« à la silhouette ». Chef d’orchestre du mécontentement général, l’aristocratie tient sa revanche. Le patronyme du bouc émissaire devient très vite ridicule.

 

Ce que l’ouvrage fouillé de Thierry Maugenest nous fait découvrir va bien au-delà de ce flou artistique d’une ombre vacillant à la lueur d’une chandelle.

Étienne de Silhouette, c’est ce jeune ambitieux qui fut pétri d’une brillante formation chez les Jésuites. De bonne famille et doté d’un bel esprit curieux de tout, de la Savoie à Venise, il se retrouva à la table des grands d’Europe. Au loin, les trompettes de la renommée ouvraient salons et palais…

Mais, aussi près des princes que des pauvres, il se fit des ennemis à revendre.

Figure oubliée, Étienne de Silhouette fut un des grands hommes du XVIIIe siècle, à la fois voyageur, écrivain et espion.

 

L’agréable écriture de Thierry Maugenest nous fait vite oublier que nous avons un livre d’histoire en main. L’auteur de la fameuse série policière Les Enquêtes de Goldoni nous livre une biographie enlevée qui redonne vie à ce personnage d’exception qu’est Étienne de Silhouette.

18:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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