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03 février 2018

Patrick Roegiers : « Mon dernier livre sur la Belgique » Un article de Flavie Gauthier dans Le Soir

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Photo Roegiers.JPGPatrick Roegiers écrit le scénario filmé de la rencontre d’Hergé et Léopold III  
 
ENTRETIEN
 
Le nouveau roman de Patrick Roegiers commence comme un film. Ou plutôt son film prend la forme d’un roman. Hergé arrive sur les bords du lac Léman où il croise par hasard le roi exilé Léopold III. Pendant qu’ils discutent au bord de l’eau, Donald Duck surgit. Tout ceci est inventé. L’écrivain mélange avec fantaisie personnages historiques, mythes, cartoons et BD pour inventer une nouvelle forme littéraire.
 
Pourquoi le livre prend cette forme originale ?
 
L’idée est venue des personnages eux-mêmes. À un moment dans mon travail de rédaction, je me suis retrouvé dans un nœud de création. Je savais vers quoi le livre allait et je connaissais d’avance les réactions que ça produirait en référence au passé, leur activité pendant la guerre, la position du roi… Je ne voulais pas retomber dans ces ornières-là. Après un an, j’étais bloqué. J’étais prêt à faire le deuil du projet. Puis, on me promenant, j’ai eu l’idée du film. Le roman est un film qui se tourne et le film qui se tourne est le roman que j’écris. Ça a débloqué cette fameuse situation. Le livre s’est organisé de manière imprévue.
 
Vous avez pris du plaisir à jouer avec des icônes cartoonesques.
 
Toute la mythologie du cinéma américain est importante. Mon roman se passe en 1948, le moment où elle resplendit. Si vous prenez un personnage comme Lilian, la femme de Léopold, elle se considérait comme une actrice, une reine par procuration et une star de cinéma. Elle avait un ego énorme. Très rapidement, j’ai pensé à Ava Gardner pour jouer son rôle. La mythologie d’Ava Gardner resplendit sur Lilian. Le cinéma a été le révélateur du roman et a permis une liberté de ton formidable.
 
Le découpage aussi s’inspire du 7 e art.
 
J’ai décidé de faire 62 chapitres comme le nombre de page d’une bande dessinée. Je voulais que ce soit un livre rapide. La dynamique crée le plaisir du lecteur. L’intrigue se déroule en un mois, donc quatre semaines divisées en chapitres. J’aime bien structurer mathématiquement les livres même si cela ne se voit pas. Ça devient comme une sorte de rythmique. C’est l’orchestration d’une partition musicale.
 
Est-ce que cela vous a donné l’envie d’un faire un film ?
 
Pas du tout. Je n’aimerais pas être scénariste. Je lis beaucoup sur le cinéma : les cinéastes ont toujours quatre à cinq projets en même temps. Ils ne savent pas lequel va aboutir. Ils travaillent tous avec des équipes et finalement il ne reste pas grand-chose du scénario. Le scénariste est un ouvrier dans l’ensemble de la cathédrale du film, alors que l’écrivain est le maître d’œuvre total. J’évoque des images dans mon roman, des scènes connues de tous. Par exemple, je fais une comparaison entre Charlot et Tintin, deux mythes absolus. C’est un texte imagé. Au fond, on peut donner à voir avec des mots. Comme vous avez un dessinateur comme personnage principal, il est normal qu’il s’exprime en images. Ça m’a beaucoup intéressé de mettre en perspective, le dessin, le cinéma et l’écriture.
 
Vouliez-vous vous protéger des critiques suite aux polémiques de « L’autre Simenon» ?
 
Bien sûr mais ce n’est pas un livre historique, ni une enquête… Tout le passé de Léopold est déjà connu. Moi-même je l’ai traité dans La spectaculaire histoire des rois des Belges. Tout le chapitre qui lui est consacré commence en Suisse. Je n’allais pas recommencer à écrire ce que j’avais déjà fait. Il y a eu énormément d’écrits sur Hergé et toutes ses zones d’ombre sont désormais connues. Ça ne m’intéressait pas de répéter ce que tout le monde sait déjà. Hergé est en Suisse car il doute de lui-même, de son talent, il en a marre de dessiner Tintin, il veut quitter Germaine… Ces deux personnages vont se faire du bien. Après un mois, ils iront beaucoup mieux. On aura traversé toute leur vie, c’est un peu l’histoire de la Belgique.
 
Vous conservez votre attachement au patrimoine belge.
 
Je suis Français maintenant. Quand j’ai commencé ce livre, L’autre Simenon n’était pas encore sorti. J’avais déjà commencé à travailler. Je ne m’attendais pas à ces réactions haineuses. Je pense que ce roman est mon dernier sur la Belgique, je n’en parlerai plus. Je suis certainement un des auteurs qui ait le plus écrit sur son pays, alors que je suis parti depuis 35 ans. Le fait que je sois devenu Français est très important. Quand je rentre en France, je ne suis plus un exilé, c’est mon pays. C’est un salut enjoué, amical à la Belgique sous la forme d’un livre d’adieux enlevés et sans regret.

14:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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