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06 février 2018

Community – Estelle Nollet – Albin Michel – 264 pages – Janvier 2018

Community.jpgHuit hommes et deux femmes s'installent sur la base scientifique de New Aberdeen, un lieu perdu en plein océan austral, au milieu des otaries à fourrure qui hurlaient « façon pleureuses antiques », des albatros, des gorfous et des skuas.

Le narrateur, Cookers, cuisinier néo-zélandais, est affublé dès sa naissance d’un ridicule prénom composé, Charles-Charlie. Charles, parce que sa mère le voulait.  Charlie, parce que celle-ci aimait tellement son grand frère Charlie piteusement décédé quelques années plus tôt.  Elle le devait par respect pour son deuil fraternel.

Bien évidemment, les initiales donnèrent lieu à quelques surnoms, notamment Captain Carrot Cake lorsque Cookers devint cuisinier à bord des navires, qui s’est parfois transformé la nuit en un libidineux Cunts Counting’ Charlie…

Confident des uns et des autres, parler à CCC, c’était comme parler ivre à un inconnu dans un bar et tout lui balancer pour n’en garder le lendemain qu’un souvenir apaisé. Une vraie tombe.

 

Coupés du monde, ils comprirent qu’il n’était pas facile « d’être » une île. Encore moins facile d’être découverte.

Les livres d’histoire ne s’intéressent en effet qu’aux hommes et aux dates, jamais à la nature et aux animaux qui y vivent…

En ce 20 décembre 2015, ils ne se souciaient de rien, tout occupés qu’ils étaient à leurs missions respectives.  

Mais des clans se forment. Des conversations alimentent les soirées.

Et les murs laissent tout filtrer…

Ces murs qui sont faits pour que les voleurs d’amour-propre ne soient pas pris la main dans le sac et que les volés puissent rentrer chez eux sans qu’on les voie pleurer.

De tous ces arrivants sur cette île perdue, aucun d'entre eux ne s'attendait à jouer les Robinson Crusoé du XXIe siècle.

Dans cet écosystème coupé du monde, même les plus passionnés par l'observation des espèces rares dont l'îlot est le dernier repaire finiront par se concentrer sur leur propre survie.

Qui résistera à l'aventure ?

C'est tout l'enjeu de ce huis clos dramatique porté avec empathie par une écriture sans concession.

 

Estelle Nollet joue avec les mots, avec les phrases.  Comme cet air d’harmonica filtrant dans le calme du soir.  Tout en digestion du maigre repas d’avant, tout en soupirs de la lourde nuit qui arrive. Seule la flamme des souvenirs réchauffant les cœurs.

Car il n’y avait rien de mieux qu’un foyer pour oublier à quel point, derrière la palissade, le monde était truffé de connards…

02:27 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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