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09 février 2018

L’ESPRIT DU LOUP – ALEXEÏ VARLAMOV – éditions LOUISON – 563 pages – Février 2018

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Traduit du russe par Julia Chardavoine & Paul Lequesne

 

Au début du XXe siècle, Oulia, 15 ans, éprise de liberté, adore courir dans la forêt de Vyssokie Gorbounki, où elle passe ses étés avec son père, l'ingénieur Vassili Komissarov. Mais, dans ce petit village, l'atmosphère est sombre et inquiétante. L'esprit du loup rôde et se propage comme une épidémie. Un récit qui évoque le tsarisme, le début de la révolution et la Première Guerre mondiale.

 

« L'âge d'argent fut une époque trouble, extrêmement riche, incroyablement passionnante, qui ne fut pas balayée par des forces extérieures comme il est coutume de le penser - la révolution, la guerre civile, le totalitarisme -, mais qui se saborda elle-même, en se livrant aux crocs d'une bête sauvage, mauvaise, jalouse. Comment et pourquoi cela est arrivé, quelle était cette bête, quels étaient les amours, les espoirs, les peurs des hommes de ce temps, contre quoi luttaient-ils, pourquoi et contre qui ont-ils perdu - voilà à peu près de quoi parle mon livre. S'y mêlent personnages aisément identifiables ou non, événements fictifs ou historiques, amour, jalousie, assassinats et trahisons. En ce dernier été, entre sécheresse terrible et incendies de forêt, la nature se révolte contre l'homme pour l'empêcher de commettre ce suicide que fut la guerre. »
Alexeï Varlamov

 

Dès les premières pages, nous sommes saisis par la transformation qui s’opère dans la jeune Oulia, son regard sur le monde, la retenue qui s’opère en elle pour mieux cerner tout ce qui l’entoure.

 

Vassili Khristoforovitch Komissarov ne se rendait jamais aux Vyssokie Gorbounki que l’été, car le reste du temps, il travaillait comme ingénieur-mécanicien à l’usine Oboukhov et, à la campagne, s’ennuyait tellement de ses machines qu’il occupait presque tout son temps à réparer celles, bien plus frustes, des paysans. Il n’acceptait aucun argent, en revanche, il avait toujours au petit-déjeuner des œufs frais, du lait, du beurre, de la crème et des légumes, si bien que son visage au teint terreux et maladif rajeunissait, reluisait, se colorait de rose et s’arrondissait encore, ses fortes lèvres perdaient leur carnation jaunâtre, tandis que ses yeux d’Asiatique s’étrécissaient, affichant un air satisfait sous des paupières gonflées. Ce regard bouffi et matois agissait sur les paysans des Gorbounki de manière si mystérieuse qu’ils venaient un à un trouver l’ingénieur pour lui demander conseil sur leurs terres et sur leurs fermes. En cette matière, Vassili Khristoforovitch n’avait nulle compétence, et, cependant les paysans avaient le sentiment malgré tout que le monsieur de Saint-Pétersbourg savait quelque chose mais préférait se taire, et ils s’interrogeaient sur le moyen de le disposer en leur faveur pour pénétrer ses secrets.

 

La maturité de l’écriture d’Alexeï Varlamov nous fait parcourir l’ouvrage avec l’assurance que ce qui va nous être conté sera décrit avec justesse, avec agilité, avec habileté.

Né en 1963 à Moscou, Alexeï Varlamov est un écrivain russe, auteur de nombreux romans, nouvelles, et études littéraires, il est surtout connu en Russie pour ses biographies. Il a notamment rédigé celle de Mikhaïl Boulgakov qui paraîtra en septembre 2018 chez Louison.

Enseignant à l’université, il est chercheur en histoire de la littérature russe du XXe siècle et est devenu, en 2016, le recteur de l'institut de littérature Maxime Gorki. Il est également le rédacteur en chef de la revue « Étude littéraire ».

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