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18 mars 2018

Trois questions à Pierre Pouchairet sur son nouveau livre : Tuez-les tous... Mais pas ici - Par Amandine Glévarec

Pouchairet Tuez les tous - Copie.jpgAmandine Glévarec – Pourquoi t’intéresser à ce sujet brûlant d’actualité, le départ des jeunes Européens pour le djihad ?

Pierre Pouchairet – J’aime utiliser l’actualité, mais le thème du départ pour le djihad n’est qu’accessoire. La gamine aurait très bien pu devenir la proie d’un réseau mafieux de prostitution ou de trafic de drogue.

Le sujet concernant le départ des gamins pour le djihad me sert de contexte. Je l’ai utilisé parce qu’il est effectivement d’actualité et qu’il est donc parlant pour le lecteur, mais dans mon idée, ce n’est pas le vrai thème du livre. Moi, ce qui m’a intéressé a été de mettre en scène des héros qui ne sont pas policiers et de sortir de mon registre habituel : L’enquête de police. Le vrai sujet est celui de parents qui ne connaissent pas leur enfant et découvrent qu’ils sont passés à côté de choses qu’ils n’ont pas vues venir. À partir de là se développe l’histoire d’une enquête menée par des parents et leur terrible vengeance. Je décris les circonstances qui font qu’un looser tel que Louis Loubriac va se transformer et avec lui son ex-femme, Martine, un couple que rien ne destinait à devenir des vengeurs sanguinaires.

Et puis, dans tout ça, ce qui m’interpelle c’est le sujet de la manipulation. Mais là, je ne peux pas en dire plus sous peine de spoiler mon texte.

A. G. – Comment t’es-tu documenté avant d’écrire Tuez-les tous… mais pas ici ?

P . P. – Comme toujours je laisse plus de place au vécu qu’à la documentation.

Pour la France, les lieux visités par mes personnages sont des endroits que je connais et qui touchent où ont touché mon quotidien. L’aventure commence en Bretagne entre Quimper, Brest, Landerneau et L’iLe Tudy (où j’habite)… Et puis ils vont faire un crochet par le Berry (toute ma jeunesse), l’Alsace et Mulhouse (ma mére était alsacienne).

Pour Paris, un des détails qui m’a ennuyé, entre le début de rédaction de mon livre et la fin, c’est la transformation du drugstore Publicis … Aujourd’hui, il n’y a plus de brunch dominical.

La Turquie, j’ai travaillé trois ans là-bas, donc c’est un pays que je connais bien et il m’est arrivé plusieurs fois d’aller ou de revenir de Syrie par la route. Donc, là encore, pour la description des lieux j’ai fait appel à des souvenirs. Comme je travaillais avec la Police turque, je peux également décrire les bureaux et l’ambiance carcérale.

Là où j’ai eu besoin d’informations, c’est sur les moyens de passer la frontière et de rejoindre les groupes djihadistes. C’est un journaliste de Libération, avec qui j’avais sympathisé à Kaboul et qui a travaillé en Syrie, qui m’a décrit les passages qu’il avait lui-même pratiqués. Les routes changent au cours du temps et celles que je mentionne ne doivent plus être actuelles, mais elles l’ont été. J’en ai profité pour lire les différents articles qu’il a rédigés sur la région qui m’intéressait et les djihadistes.

Concernant les jeunes qui vont en Syrie, je me suis basé aussi sur le livre Les revenants de David Thomson, ainsi que sur des articles rédigés par Pierre Piccinin de Prata qui connaît bien ce milieu.

Et puis, encore une fois, j’ai fait appel au vécu. J’ai une amie à Nice dont le fils, tout juste âgé de dix-huit ans, a disparu du jour au lendemain et elle a fini par apprendre qu’il était parti pour la Syrie. Elle n’avait rien vu venir. Le gamin n’était pas d’origine arabe et ne semblait pas s’intéresser à la religion musulmane. Il se serait laissé influencer par un recruteur de son quartier. Ces histoires sont fascinantes.

A. G. – Les thèses que tu mets en scène sont terrifiantes car tout à fait plausibles, et vu que tu faisais partie de la Police, on peut vite se dire que tu es au courant de choses qui échappent au grand public. Comment distinguer dans ton roman la part de réalité et la part de fiction ?

P . P . – (Rires), effectivement le problème, c’est qu’en s’attachant à mon passé policier et au fait que j’ai travaillé longtemps à l’étranger, le lecteur risque de penser que mon livre est basé sur des faits réels.

Que ce soit clair : je n’ai pas cherché à développer des théories complotistes. Mon livre est une fiction avec ses rebondissements, le but a été de jouer avec le lecteur et d’essayer qu’il ne s’ennuie pas. J’utilise des faits d’actualité, mais il ne faut surtout pas chercher un aspect documentaire dans ma fiction, bien qu’on soit, comme tu le dis, dans un domaine proche du réel.

Des hauts fonctionnaires qui outrepassent leurs droits et fonctions parce qu’ils pensent faire ce qui est le mieux pour la nation, on a déjà vu ça et de tout temps, de la création du SAC, en passant par le préfet Bonnet et les paillotes en Corse ou l’affaire du Rainbow Warrior. Et cela pour n’utiliser que des cas que l’on connaît.

Concernant l’élimination de terroristes français à l’étranger, il a été dit que François Hollande était le Président qui avait le plus autorisé ce genre d’action.

Alors oui, on est dans le possible… Mais pas dans le réel, enfin peut-être pas… Chut !

 

Amandine Glévarec

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Avec Pierre Pouchairet - Foire du livre - Bruxelles - Février 2018

 

21:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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