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25 mars 2018

Souffrez-vous, Madame ou Présomption d'innocence ! la nouvelle pièce de Marc Helsmoortel au Théâtre de la Flûte Enchantée à Ixelles

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À chaque printemps, depuis quelques années à présent, Le Théâtre de la Flûte Enchantée monte en première mondiale la nouvelle pièce de l'avocat-dramaturge Marc Helsmoortel.

 

Après un détour l'an passé par une comédie aux airs plus sentimentaux "Les Tapis du Vatican", il nous revient en force avec une pièce juridique : Souffrez-vous, Madame ou Présomption d'innocence !

 

Une juge est agressée à la sortie du Palais de Justice. Elle est frappée, violentée, ses bijoux lui sont volés. Un sordide fait divers qui a droit à une couverture médiatique. Mais si tout cela n'était qu'invention ? C'est ce dont semble être persuadé un enquêteur chargé de cuisiner cette juge, de la faire passer aux aveux. Un huis clos théâtral, genre que l'auteur maîtrise avec brio, et ce à toutes les étapes de la création.

 

Tout d'abord, chez Marc Helsmoortel, il y a l'importance du texte. Rien n'est laissé au hasard. Il n'y a dans ses répliques ni gratuité, ni facilité. Tout est travaillé, réfléchi afin que le puzzle puisse s’emboîter parfaitement, ne laissant aucune place à la grossièreté et au bâclage.

Chaque mot est choisi avec soin, une simple inversion de deux mots pouvant ouvrir un nouveau champ de découverte, une nouvelle interrogation. On sent que lorsque le dramaturge se plonge dans une phase d'écriture, il y a deux choses qui le guident et qui ne l'abandonnent pas en chemin : l'exigence et l'amusement.

Exigeant envers lui-même et sa plume, tout autant qu'il l'est envers ceux à qui il confie son texte, on sent le souci de perfection, le fait de ne rien lâcher, et de ne jamais vraiment se laisser gagner par la satisfaction.

Une pièce de Marc Helsmoortel, c'est une très belle mécanique qui demande qu'on s''implique pleinement dans l'élaboration de celle-ci, que ce soit à la mise en scène ou dans l'interprétation.

 

Puis, il y a l'amusement. On sent que l'écrivain n'écrit pas juste pour donner vie à un texte. Il le fait car il y prend énormément de plaisir. Je dirais même une certaine jouissance. C'est en quelque sorte un très beau moteur qui lui permet de livrer une partition qui sonne juste. Elle est juste car portée par son plaisir, son enthousiasme et sa sincérité, comme toutes les précédentes. Il écrit la pièce qu'il désire profondément écrire, et non celle qu'il pense que le public aimerait.

 

Mais revenons-en à la pièce, à sa mise en scène, à son interprétation.

La pièce s'ouvre sur un air musical très entraînant qui laisse ensuite place à un incroyable monologue de la juge. Pour donner corps à ce juge, nous retrouvons Jacqueline Préseau qui a déjà joué dans plusieurs pièces de l'auteur. Elle met dans son rôle toute l'énergie, la subtilité et l'exagération exigée par le rôle. Elle réussit à rendre cette magistrate antipathique à certains moments, et délicieusement touchante à d'autres. Elle est en quelque sorte un pendule de métronome se balançant entre deux états.

 

Face à elle, pour l'interroger, la contrer, la repousser dans ses terres, Gérard Giantivi tient avec intelligence et nuance le rôle de l'inspecteur. Il est juste et précis dans son jeu déployant un beau panel de variations, et de ce fait éclaire l'interprétation de Jacqueline Préseau. Sa prestation est de qualité, et il est important, à mes yeux, de signaler qu'il a repris le rôle à quinze jours de la première, le comédien pressenti pour endosser le rôle ayant eu un accident.

Il offre à travers son rôle, la générosité et la malice voulue par Marc Helsmoortel

 

La mise en scène est efficace et sobre et laisse dès lors une réelle place au texte. Pour découper ce texte entre les scènes, des interludes musicaux ainsi que des moments d'obscurité. La musique n'est pas un choix anodin. En effet, elle est une des passions du dramaturge et on le sent par le choix intéressant des partitions. Elle est un complément, un soutien au texte. Elle provoque une émotion chez le spectateur.

 

Je ne peux donc que vous conseiller d'aller vous perdre du côté de la rue du Printemps à Ixelles pour applaudir ce duo et soutenir par la même occasion le Théâtre de la Flûte Enchantée. Marc Helsmoortel y donne vie à une œuvre qui grandit de saison en saison. Celle-ci mériterait d'ailleurs d'être un jour jouée dans son intégralité lors d'un festival.

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François-Xavier Van Caulaert - chroniqueur

 

10:35 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je ne puis qu’être D’accord avec cette analyse de l'écriture de L’auteur.
Je devrai attendre le 13 avril pour vérifier vos dires en ce qui concerne cette nouvelle pièce.
Il joue avec les répliques comme d’autres jouent avec les notes

Écrit par : Martine van Adorp | 25 mars 2018

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