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14 janvier 2018

La vespasienne – Sébastien Rutés – Albin Michel – 217 pages – Janvier 2018

Scan.jpgÀ Paris en 1941, Paul-Jean Lafarge, directeur de La Revue des lettres reste en retrait et passe l’essentiel de ses journées à espionner sa jeune secrétaire, Mlle Colette, par le trou de la serrure de son bureau ou, rentré chez lui, les usagers de la vespasienne qu'il voit de sa fenêtre. Une nuit alors qu'il fait son tour habituel, incognito, il y trouve un pistolet et deux chargeurs.

La vespasienne, c’est le plaisir.

À l’intérieur, l’odeur familière le galvanisait. La peur faisait place à l’excitation. Ici, Lafarge se sentait en sécurité, comme protégé par la puanteur et la crasse.

Bien sûr, il n’ignorait rien de la violence. Les amours interdites y tournaient souvent mal…

« La vespasienne représentait un petit bout de zone libre, plus libre encore que la zone non occupée : sans pétainistes ni gaullistes, la vespasienne n'appartenait ni à Paris ni au présent, elle perpétuait la liberté d'autrefois, les années folles, lorsqu'on n'exigeait pas de choisir, qu'il n'y avait d'engagement qu'esthétique et qu'on ne parlait de pureté et de morale que dans les luxueux salons des maisons closes. »

 

Pour l’heure, Paul-Jean Lafarge se contentait de rêver aux chevilles délicates comme des alexandrins de Mlle Colette, ou à ces mollets auxquels il aurait dédié des blasons s’il avait eu le moindre talent de poète… Et dans les godillots de guerre et de misère, ces pieds qu’il devinait aux dimensions mêmes de sa paume, la peau translucide délicatement veinée de bleu comme de la porcelaine, un peu de corne sous le talon, un peu de noir entre les orteils, les cuticules au coin des ongles sans vernis, la chair et des imperfections, et l’odeur, oh, cette odeur, qui l’enivrait rien qu’à l’imaginer…

 

Un relent du Parfum de David Süskind.

 

Dans ce tableau cruel et drôle du Paris occupé, hanté par les fantômes de Montherlant, Brasillach et Drieu la Rochelle, Sébastien Rutés fait de la vespasienne une allégorie de la débâcle politique et morale d'une époque.

 

Les belles phrases :

« La poésie, c’est mettre la langue en mouvement, c’est refuser les lignes de démarcation entre les mots. »

« Transmettre des étincelles du grand feu de la poésie à ceux qui grelottaient dans l’ombre de l’ignorance. »

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12 janvier 2018

Etienne de Silhouette (1709-1767) Le ministre banni de l’histoire de France – Thierry Maugenest – Éditions La Découverte – 222 pages – Janvier 2018

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Du mot, nous pensions bien évidemment à ce portrait de profil exécuté en suivant l’ombre projetée par un visage, à cette forme qui se profile en noir sur un fond blanc.

Le dictionnaire historique de la langue française, sous la direction de Jean Rey, nous explique que ce nom féminin apparu en 1759 dans l’expression à la silhouette, vient du nom d’Étienne de Silhouette, homme politique (1709-1767). Celui-ci fut impopulaire et chansonné pour ses projets d’économie, lorsqu’il fut ministre des Finances (mars-novembre 1759). On a supposé sans preuve que l’expression évoquait le fait qu’Étienne de Silhouette avait l’habitude de tracer ce genre de profils.

 

Thierry Maugenest nous livre une biographie de ce ministre de Louis XV qui mena une politique novatrice afin de soulager le peuple en taxant la finance et la noblesse, une décision que l'aristocratie ne lui a pas pardonné.

C’est néanmoins en 1759, avec la cabale organisée contre Silhouette, que l’arme du ridicule porte sans doute les coups les plus durs. L’aristocratie fait afficher dans tout Paris des pamphlets qui brocardent celui qui a osé la taxer. Puis ce sont des petits livres satiriques, dirigés contre son ennemi, qu’elle fit distribuer gratuitement dans les rues.

A la même époque, une mode vestimentaire fait fureur.

Des vestes étroites aux lignes épurées se portent sur des pantalons dénués de poches. Ces tenues sont bientôt baptisées par la noblesse des habits « à la Silhouette » car nul ne peut-y glisser sa bourse, puisque, dit-on, le ministre des Finances a pris tout l’agent qui restait. Comme une traînée de poudre qui prend feu, le personnage attise les passions. Des portraits dessinés de profil d’après l’ombre portée sur une feuille blanche par le visage éclairé à la chandelle, très en vogue, reçoivent le nom du contrôleur général des Finances. Cette technique connut un tel succès que tous les foires et bals publics ont leur « découpeur de silhouette ».  Par extension, tout ce qui paraît étriqué, éphémère ou approximatif ne tarde pas à être qualifié d’« à la silhouette ». Chef d’orchestre du mécontentement général, l’aristocratie tient sa revanche. Le patronyme du bouc émissaire devient très vite ridicule.

 

Ce que l’ouvrage fouillé de Thierry Maugenest nous fait découvrir va bien au-delà de ce flou artistique d’une ombre vacillant à la lueur d’une chandelle.

Étienne de Silhouette, c’est ce jeune ambitieux qui fut pétri d’une brillante formation chez les Jésuites. De bonne famille et doté d’un bel esprit curieux de tout, de la Savoie à Venise, il se retrouva à la table des grands d’Europe. Au loin, les trompettes de la renommée ouvraient salons et palais…

Mais, aussi près des princes que des pauvres, il se fit des ennemis à revendre.

Figure oubliée, Étienne de Silhouette fut un des grands hommes du XVIIIe siècle, à la fois voyageur, écrivain et espion.

 

L’agréable écriture de Thierry Maugenest nous fait vite oublier que nous avons un livre d’histoire en main. L’auteur de la fameuse série policière Les Enquêtes de Goldoni nous livre une biographie enlevée qui redonne vie à ce personnage d’exception qu’est Étienne de Silhouette.

 


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Invitation aux Roulades Littéraires Corsées avec Robert Nahum & Marc Meganck - 25 Janvier 2018

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2017 ne s'est pas encore achevée, que nous venons déjà vous proposer la première Roulade de 2018.

Cette vingt-deuxième Roulade aura lieu le jeudi 25 janvier 2018 et ce seront Robert Nahum et Marc Meganck qui viendront s'asseoir, le temps d'un soir, sur les tabourets des Roulades.

Robert Nahum est le fondateur-directeur des Editions 180°.

Cette maison d'édition belge possède dans son catalogue aussi bien de beaux documentaires consacrés à Bruxelles au travers de son patrimoine, que des polars ou des recueils de nouvelles.

Marc Meganck, licencié en histoire médiévale, a publié plusieurs ouvrages aux Editions 180°. Des polars, des ouvrages sur le Bruxelles disparu, un recueil de micro-nouvelles,...

Le temps d'une soirée, nous parcourons en leur compagnie leur tracé au cœur de la littérature, l'un en temps qu'éditeur, l'autre en temps qu'auteur. Nous verrons également le regard qu'ils ont sur l'activité de l'autre, sur le monde de l'édition, sur la création littéraire et sur bien d'autres sujets littéraires

Réservation indispensable

Pour vous y participer, envoyez un mail : lesroulades@gmail.com

Au plaisir de vous y voir

Le Tandem des Roulades Littéraires Corsées

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