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18 janvier 2018

Les premières perles de la rentrée littéraire de 2018 : Zellweger, Roegiers, Crommelynck, Lemaître, Maugenest, Hiltunen, etc...

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2018 s'annonce riche en nouvelles découvertes. Un choix arbitraire doit se faire devant l'avalanche de livres qui nous sont proposés.

Voici quelques titres pour la plus grande joie de la lecture !

 

Scan_0001.jpgLes Espionnes du Salève – Mark Zellweger – éd. Eaux troubles

En juin 1940, l'armée allemande marche sur Paris. Le service de renseignement suisse surveille les frontières, tandis que les filières de passage de la France vers la Suisse romande se mettent en place et que la résistance s'organise entre Genève et Lyon. Hannah Leibowitz, rescapée du ghetto de Lodz, arrive à Genève et prend la tête d'un groupe de résistantes.

 

 

9782246860211,0-4693903.jpgLe roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur – Patrick Roegiers – éd. Grasset

En juillet 1948, Léopold, le roi des Belges et Hergé, le père de Tintin, se rencontrent au bord du Lac Léman. L'un est en exil et l'autre soigne sa dépression. Ils se confient l'un à l'autre pour se désennuyer. En réalité, ils jouent leur propre rôle dans un film où se croisent Donald Duck et des acteurs du cinéma américain du début du XXe siècle.

 

 

CeeJay Couverture Le prophète du néant.jpgLe Prophète du néant – CeeJay (Jean-Claude Crommelynck) – MaelstrÖm

Ce qui a motivé l'écriture du Prophète du néant est le temps présent, ce qu'il annonce, ce qu'il transforme.

Les poètes, comme tous les artistes, sont des voyants, leurs écrits sont prophétiques et ne seront compréhensibles et admis que plus tard.

 

Etienne de Silhouette.jpgEtienne de Silhouette (1709-1767) Le ministre banni de l'histoire de France - Thierry Maugenest ) - éd. La Découverte

Biographie de ce ministre des Finances de Louis XV qui mena une politique novatrice afin de soulager le peuple en taxant la finance et la noblesse, une décision que l'aristocratie ne lui a pas pardonnée. Figure oubliée, il fut un des grands hommes du XVIIIe siècle, à la fois voyageur, écrivain et espion.

 

Scan_0002.jpgL’autre voie – Boris Akounine – éd. Louison

Ce roman offre un portrait poignant de la jeunesse soviétique de l’entre-deux-guerres. Elle est à la fois pétrie d’optimisme et inquiète de l’avenir, au sein d’une société qui dessoûle lentement et douloureusement de l’ivresse de la révolution. L’Autre Voie est le deuxième volet de la trilogie Album de famille, un récit du XXe siècle russe que l’on découvre à travers le destin de plusieurs personnages.

 

Scan_0007.jpgL’infinie patience des oiseaux – David Malouf – éd. Albin Michel

1914, Queensland, en Australie. Ashley Crowther, qui a hérité de la ferme de ses parents, engage Jim Saddler pour travailler à la création d'un sanctuaire pour oiseaux migrateurs. Ce dernier devient ami avec Imogen Harcourt, une photographe anglaise. Plus tard, les deux jeunes hommes s'engagent dans la guerre, d'où ils ne reviendront pas, et laissent Imogen seule en Australie.

 

 

Scan_0006.jpgCommunity – Estelle Nollet – éd. Albin Michel

Cookers, un cuisinier néo-zélandais, s'embarque pour New Aberdeen, un îlot de l'hémisphère Sud à des milliers de kilomètres de toute terre, pour nourrir une équipe de neuf scientifiques et militaires. Mais le système informatique tombe en panne et les isole du monde et le bateau censé les ravitailler n'arrive jamais. Les mois passent et certains décident de partir sur une embarcation de fortune.

 

 

Scan_0005.jpgCouleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre – éd. Albin Michel

En 1927, à la mort de son père, Madeleine Péricourt se retrouve à la tête d’un empire financier. Mais son jeune fils Paul marque de façon tragique le début de sa déchéance. En butte aux ambitions frustrées et aux jalousies de son entourage, Madeleine tente de s'en sortir.

 

 

 

Scan_0004.jpgLaRose – Louise Erdrich – éd. Albin Michel

Dakota du Nord, 1999. Au cours d'une partie de chasse, Landreaux Iron tue accidentellement le petit garçon de son ami Peter Ravich. Horrifié, il décide de respecter une ancienne coutume de sa tribu indienne et offre son plus jeune fils, LaRose, aux parents en deuil. Cette décision, mise en parallèle avec un événement similaire survenu dans les années 1840, bouleverse les deux familles.

 

Scan_0003.jpgLe Cirque de la solitude – Nadia Galy – éd. Albin Michel

Jacques est élu président de l'Assemblée corse. Il prépare un référendum pour l'indépendance de l'île lorsque son père lui avoue que le contremaître de leur domaine viticole a renversé un travailleur marocain avec son tracteur et l'a enterré sur leur propriété. Jacques est alors face à un dilemme, dénoncer celui qu'il considère comme un frère ou étouffer l'affaire.

 

Scan_0010.jpgLa disparue de la cabine n° 10 – Ruth Ware – éd. Fleuve noir

Laura Blacklock, journaliste, s'apprête à sillonner les mers du Grand Nord à bord de l'Aurora, un yacht luxueux. Entre champagne et bavardages, tout se passe bien jusqu'à ce qu'elle voie, en pleine nuit, la passagère de la cabine voisine être jetée à l'eau. Seulement personne ne manque à l'appel et elle est la seule à avoir vu le meurtre.

 

 

9782265117273,0-4697478.jpgTrente jours – Annelies Verbeke – éd. Fleuve noir

Trente jours de la vie d'Alphonse, musicien, artisan... et " faiseur de miracles ". Récemment installé avec Kat, sa femme, dans un village de Flandre Occidentale, il a renoncé à sa carrière de contrebassiste de jazz pour devenir peintre en bâtiment. Un choix qui lui a révélé un curieux don : au-delà de leurs murs, ce sont les failles de leur intimité que ses clients lui confient, dans l'attente d'un conseil, d'une aide ou d'un pardon.

 

9782265116450,0-4751227.jpgSi vulnérable – Simo Hiltunen – éd. Fleuve noir

La famille Virtanen est unie, bien sous tous rapports. Les parents ont un emploi stable, leurs deux filles mènent une scolarité brillante. Ils sont sociables, serviables, avenants. Tous leurs voisins s’accordent à le dire. Pourtant un jour, tout bascule. Le père tue des enfants et son épouse avant de se donner la mort.

 

 

Scan_0011.jpgLe cas singulier de Benjamin T. – Catherine Rolland – éd. Les Escales

Une crise d'épilepsie propulse Benjamin dans une autre réalité. Il se trouve en pleine Seconde Guerre mondiale, en compagnie de jeunes hommes. Le Benjamin de 2016, qui est aussi le Benjamin de 1944, se retrouve à cheval entre deux époques, deux mondes et deux vies possibles. Pourra-t-il choisir celui qu'il veut être ? Une réflexion sur les choix qui engagent toute une vie.

 

Scan_0012.jpgBrigitte Macron - L’affranchie – Maëlle Brun – éd. L’Archipel

Subjuguée par l'intelligence de son époux, elle se définit comme « la présidente de son fan-club ». Elle dit ne jamais l'influencer mais se contenter de « l'accompagner »...Pourtant, nul ne doute que, pour Emmanuel Macron, Brigitte est bien plus que ce qu'elle prétend. Depuis leur rencontre au lycée de la Providence jusqu'au perron de l'Élysée, elle n'a cessé de l'inspirer et de le guider.

 

Scan_0013.jpgLes passagers du siècle – Viktor Lazlo – éd. Grasset

Dans un bordel de Dantzig, en 1906, Samuel Wotchek et Josefa Yamissi tombent amoureux. Ils veulent refaire leur vie en Martinique, au risque de tourner le dos à la souffrance de leurs ancêtres. En effet, Samuel est le descendant d'un Juif polonais qui a connu l'espoir et les tragédies, et Josefa, la descendante d'une femme arrachée aux siens, vendue comme esclave au Sénégal puis envoyée à Cuba.

 

Scan_0014.jpg1531 Le Phénix – Thierry Jacquemin – éd. Jourdan

Une ode originale et décoiffante à la liberté : un droit, mais aussi un devoir à exercer en accord avec sa perception de la vérité et des valeurs, dans un environnement philosophique, sociétal et politique chaotique, où d’autres humains perçoivent d’autres vérités et tentent d’imposer d’autres valeurs.

 

 

Scan_0016.jpgLa nuit je vole – Michèle Astrud – éd. Aux forges de Vulcain

Non seulement Michèle est somnambule, mais elle vole dans son sommeil et peut ainsi se réveiller au sommet d'une montagne. Ce don particulier éveille l'intérêt de tous, la plonge dans de nombreux questionnements et bouleverse son rapport aux autres.

 

 

Scan_0015.jpgDispersion – Carino Bucciarelli – éd. Encre Rouge

« Je peux le jurer, ma main et même toute une partie de mon avant-bras se sont liquéfiées un bref instant sous mes yeux. »

Ainsi commence la première histoire de ce livre. Et, dès lors, l’auteur va nous entraîner dans un labyrinthe où passeront tour à tour un oiseau inquiétant, un meuble qui s’humanise, des êtres fous sortis de mondes imaginaires et des hommes ou des femmes comme vous pris dans les délires de leur vie quotidienne.

 

Scan_0017.jpgLes Egarés – Edith Soonckindt – éd. MaelstrÖm

Soonckindt a demandé à sept amis aux quatre coins du monde de lui raconter une journée type de leur vie. Elle a trié ces données et tenté d'en déduire des statistiques mondiales. Le résultat, un récit tantôt absurde, tantôt poétique, dans lequel s'immisce un Japonais inconnu, parle de ces quatre coins du monde, mais surtout de Bruxelles, centre névralgique et ville de tous les possibles.

 

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17 janvier 2018

Hommage à Bernard de Fallois - Bernard de Fallois chez Georges Simenon par Jean-Baptiste Baronian

actualite_image_bernard.de.fallois.jpgMa première rencontre avec Bernard de Fallois date de 1985, au Grand Véfour à Paris. Il y avait convié à déjeuner quelques critiques littéraires pour la parution en français du Chagrin des Belges de Hugo Claus chez Julliard, et j’avais eu l’occasion, entre la poire et le fromage, ou peut-être entre le fromage et le café, de lui adresser la parole. Je lui avais notamment dit que j’avais beaucoup apprécié son livre sur Georges Simenon publié en 1961 dans la collection « La Bibliothèque idéale » de Gallimard dirigée par Robert Mallet, un des tout premiers essais consacrés au père du commissaire Maigret.

Il avait répondu à mes questions par bribes et morceaux. Des généralités. Presque des lieux communs. Du moins, c’est le souvenir que j’ai gardé de cette conversation à bâtons rompus, en présence de Hugo Claus qui, ce jour-là, était intarissable et heureux, me semblait-il, d’être fêté à Paris.

Des années plus tard, j’ai revu Bernard de Fallois à plusieurs reprises à déjeuner en compagnie de Vladimir Dimitrijévic, le fondateur de L’Âge d’Homme, que j’ai connu, lui, en 1970 et dont je me targue d’avoir été un ami. Ils se vouvoyaient, toujours respectueux l’un de l’autre, sans jamais trop se dévoiler, sinon pour s’en prendre aux mœurs du monde de l’édition en France et constater que les éditeurs n’étaient plus ce qu’ils avaient encore été dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale et qu’ils publiaient tous les mêmes livres, à de très rares exceptions près. Et parmi elles, il y avait Christian Bourgois, qu’ils aimaient et tenaient tous les deux en haute estime.

Au cours de ces déjeuner (nous en avons eu trois ou quatre, si j’ai bonne mémoire, tous dans un petit restaurant auvergnat de la rue Servandoni, où le saint-pourçain était en général à l’honneur), je n’étais jamais qu’un témoin, qu’une espèce de spectateur passif. Sauf que je me trouvais en chair et en os à la même table que ces deux grands éditeurs et que, de loin en loin, il leur arrivait de me poser une question et de me demander mon avis. J’en ai donné un, je me souviens, sur les Éditions Actes Sud, dont Bernard de Fallois et Vladimir Dimitrijévic avaient, de concert, réprouvé la présentation et le format.

Quand ils n’évoquaient pas les curieuses mœurs de leur métier, ils s’échangeaient des propos sur certains des auteurs qu’ils avaient coédités, au début sous le double nom de Julliard/L’Âge d’Homme, par la suite à l’enseigne des Éditions de Fallois/L’Âge d’homme. Ils admiraient énormément Vladimir Volkoff et sa tétralogie romanesque Les Humeurs de la mer. Ils la considéraient comme un chef-d’œuvre de la littérature française de la seconde moitié du XXe siècle, au même titre que Les Deux Étendards de Lucien Rebatet ou Belle du seigneur d’Albert Cohen. Et ils déploraient le fait que cette évidence échappe à l’attention des professeurs de lettres dans les collèges et les universités de l’Hexagone – des individus dénués, selon eux, du moindre discernement littéraire.

J’écoutais, je ne disais pas grand-chose. D’ailleurs, les nombreuses fois que j’ai été en présence de Bernard de Fallois, après qu’il est devenu mon éditeur (j’ai publié chez lui quatre livres, de 2010 à 2014), je l’ai surtout écouté raconter ses souvenirs, ses rencontres, ses passes d’arme avec ses confrères et tous ces personnages promus un jour, comme par hasard ou comme par mégarde, à la tête d’un grand groupe éditorial ou tapis obscurément dans les allées du pouvoir, plus dangereux, plus venimeux que des cobras.

Parmi les dizaines d’anecdotes qu’il m’a narrées, celle qui m’amuse le plus concerne Georges Simenon.

À la fin des années 1950 et au début des années 1960, Bernard de Fallois lui avait rendu visite à plusieurs reprises à Échandens, dans le canton de Vaud, pour préparer son livre à paraître chez Gallimard. Georges Simenon, m’a-t-il confié, avait exigé que lors de ces séances de travail, il ne soit dérangé par personne – absolument et strictement personne. Or un beau jour, contre toute attente, sa secrétaire avait surgi dans son bureau, toute tremblante et ânonnant d’une voix émue que quelqu’un s’était annoncé et lui avait parlé du Prix Nobel.

Georges Simenon avait alors bondi de sa chaise et avait aussitôt quitté la pièce, sans un mot et sans un regard pour Bernard de Fallois. Après cinq minutes, cinq minutes à peine, il était revenu, les traits tirés, visiblement mécontent, et s’était emparé de sa pipe d’un geste brusque, au risque de la briser en mille morceaux.

Avant de poursuivre leur entretien, Bernard de Fallois, un tantinet indiscret, s’était inquiété de savoir, du bout des lèvres, ce qui avait bien pu se passer…

Je me rappelle qu’à ce point de son récit (nous étions, cette fois, dans un excellent restaurant de la rue Lavoisier), Bernard de Fallois a eu l’air songeur et qu’il s’est accordé un bref moment de silence. Il devait revoir la scène dans son esprit, comme si elle venait tout juste de se produire.

– Vous savez qui était ce visiteur ? Un simple voyageur de commerce faisant du porte à porte. Il voulait vendre à Georges Simenon une collection complète des Prix Nobel de littérature !

 

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Jean-Baptiste Baronian

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La méthode Cadéo une interview d'Alain Cadéo par Amandine Glévarec

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Amandine Glévarec – Cher Alain, comment l’écriture résonne-t-elle en vous? 

Alain Cadéo – Vous le savez, écrire, c’est s’enfoncer dans un profond silence. Pages de plomb dans les abysses de la pensée. On devient Nautilus sans sonar, frôlant de grandes ombres vivantes, rêvant de pouvoir un jour faire surface dans une crique blonde de repos. Pas un instant de paix dans cette mer infestée de fantômes. À l’aveuglette, un peu crispé, tout à l’oreille, on avance, trois nœuds. On se faufile, serrant les dents, comme on peut, entre des troncs de corail. On érafle sa coque. On saigne du mazout. Et on poursuit tout doucement ce voyage de fou, tendu vers la pensée de la Lumière.

A. G. – D’où vient le besoin de publier ? Si l’écriture est un plaisir, pourquoi ne pas se contenter de celui-ci ?

A. C. – Parce que nous sommes fragiles, éphémères et vaniteux. Non contents de nous faire plaisir, nous prétendons à un brin de reconnaissance. Je me demande souvent à quoi rime cette ribambelle de mots lâchés dans le cosmos. Le tout est de se convaincre qu’ils sont indispensables, pour soi, pour d’autres. Peut-être aussi que cela fait sourire les anges.

Publier, c’est l’autre versant de l’écriture. Et puis surtout c’est le meilleur moyen de rencontrer une famille d’esprit. Au jeu des sept familles je veux absolument rencontrer tous les zèbres courant dans tous les sens sur cette terre. C’est bon de brouter ensemble nos îles de papier.

A. G. – Quelle a été votre première publication, chez quel éditeur, et surtout comment étiez-vous entré en contact avec lui ?

A. C. – Chère Amandine, si le but est de fournir des ficelles aux jeunes auteurs, je crains que ma contribution ne soit celle d’un voltigeur sans parachute et sans filets. Je ne peux vous parler que de la mécanique écriture, ce stupide entêtement qui consiste à moissonner des mots. Ayant toujours vécu « au cul du loup », je n’ai pu que rarement bénéficier des rencontres indispensables permettant à un tapuscrit d’être, peut-être, plus attentivement lu. J’ai presque honte de vous dire que j’écris depuis plus de quarante ans. Je me suis sans doute bien mal débrouillé. J’envoyais mes manuscrits, un par un, « au petit bonheur la chance », à de grandes maisons d’édition devenues baleines, mais qui m’étaient sympathiques, pour avoir publié de vieux auteurs que j’aimais. Ce furent des nouveau-nés qui m’éditèrent. Coups de cœur. Réseaux mystérieux. Faillites programmées. Il serait bien trop long de détailler ces maladroites aventures qui avaient au-moins le goût de la passion. Le moins qu’on puisse dire c’est que je n’ai jamais eu le goût des stratégies, ni la moindre idée de ce que signifiait « faire carrière ». D’une oasis à un désert, de babillages enthousiastes au silence, de quelques petits prix littéraires à un isolement contraint et accepté, j’ai poursuivi ma route de mulet.

A. G. – Je crois qu’outre des romans, vous avez aussi écrit pour le théâtre, est-ce là deux façons différentes d’appréhender l’écriture ?

A. C. – J’ai découvert l’écriture théâtrale il y a quatre ou cinq ans. C’était sans doute pour sortir du silence dont je parle plus haut. Enfin je pouvais agiter des personnages dans une sorte de « direct » où la voix, l’échange, l’expression, prennent vie sur les planches. Moins de voix off, le jeu d’acteur, la mise en scène, les éclairages, etc., mettent les mots à nu. C’est une excellente manière de se tirer de sa coquille. On voit dehors, dit par d’autres, ce qu’on pense dedans. L’écrit devient sculpture de chair et de sang. Et comme le metteur en scène et les acteurs s’approprient le texte, vos propres phrases vous échappent, vos personnages prennent vraiment vie et se barrent avec leurs sacs et leurs valises, leurs frusques et leurs masques. Bon débarras !

A. G. – En 2015, vous publiez au Mercure de France Zoé qui reçoit un bel accueil. Cela a-t-il changé quelque chose dans votre métier d’écrivain (la promotion, la reconnaissance, peut-être un stress supplémentaire ?)

A. C. – En ce qui concerne le Mercure de France, ce fut une rencontre calme et feutrée, par mails interposés, suite à l’envoi de mes textes, qui m’a aussi permis de rencontrer des correcteurs d’une rare délicatesse. Tout cela n’a profondément rien changé à ma vie d’écriture. Je ne cours ni après les signatures, ni après les salons littéraires. J’ai toujours préféré, vous l’aurez compris, les arrières cuisines aux salons. La seule chose qui m’ennuie, mais cela ne date pas d’hier, c’est souvent ce malheureux esprit de concurrence qui règne dans tous les milieux. Je suis, qui plus est, un très mauvais représentant de commerce. Ceux qui viennent m’honorent, ceux qui ne viennent pas me font plaisir. Cette formule n’est pas de moi, mais elle caractérise bien le sale état d’esprit dans lequel je me drape.

A. G. – Je crois que vous n’avez pas de problème de page blanche et que les idées fourmillent, n’est-ce pas un peu stressant de perdre du temps d’écriture pour le consacrer en partie à la recherche d’un éditeur ou à la promotion, ou cela fait-il aussi partie du plaisir global ? 

A. C. – Et oui, il est particulièrement stressant d’être en quête d’éditeur. Mais n’est-ce pas là l’effet de toute quête. Alors, ne plus rien chercher, ne plus rien quémander, ne plus être en attente. Se contenter de travailler, pour quelques bouts de ciel, à partager avec les siens, les siens qui sont au fond ceux qui, envers et contre tout, veulent bien de nous.

A. G. – Vous êtes il me semble secondé efficacement par votre compagne Martine, quelle place occupe-t-elle dans votre vie professionnelle ?

A. C. – Rien de professionnel dans ma vie. Martine et moi nous ne sommes que deux amateurs, du verbe « aimer » bien sûr. Deux Quichotte. Il nous manque sans doute le bon sens d’un Sancho. Ceci dit, elle est ma première lectrice et ose, quant à elle, s’aventurer sur les réseaux littéraires, semant mes phrases aux quatre vents.

A. G. – Voulez-vous nous toucher un mot des projets en cours ?

A. C. – Un texte lourd, sur et autour d’un volcan, ailleurs, là où parlent les pierres. L’exil volontaire et difficile d’un homme de vingt-sept ans dans un endroit de bout du monde, un cul de sac noyé entre forêt et montagne, ayant bâti sa cabane à deux mille mètres d’altitude, très au-dessus d’un trou perdu, un hameau, où vivent une vingtaine de personnages tous plus étranges les uns que les autres. Il ne reste là, avec son âne, que par amour pour une jeune femme mariée qui, parfois, la nuit, le rejoint dans sa solitude d’ermite. Présence tutélaire, attentive, le volcan sommeille et devient le confident de cet homme qui attend, de cet homme qui voit, entend, découvre, l’infini et glaciale beauté du Monde.

A. G. – Des conseils aux jeunes auteurs ?

A. C. – Quels conseils puis-je donner ?  Je n’en vois qu’un, ne pas tenir trop compte de ce que d’autres peuvent vous dire. Nous passons nos vies cernés par des profs, des juges, des censeurs. L’imaginaire humain est une galaxie non maitrisable et qui se fout des géomètres-arpenteurs.

Le seul but de l’écriture, c’est la joie. Ce doit être aussi jubilatoire qu’un fou-rire de gosse. Tout lecteur le sait bien qui sent descendre en lui ce je ne sais quoi, inexplicable, allant des yeux au cœur.

Pour celui qui écrit, la forme vient plus tard. Mais il est hors de question d’enfermer un mastodonte dans le corps d’un goujon. Je sais bien que la mode est aux bonsaïs. Tailler, réduire, être plus percutant c’est bien, mais ratiboiser une forêt de chênes pour en faire un jardin de curé, s’empêcher toute forme d’exaltation afin de rester lisible et raisonnable, c’est littéralement assassiner ce qui fait toute la richesse d’un être humain. Je suis pour la sauvegarde d’une espèce en voie d’extinction : les lyriques habités.

A. G. – Que puis-je vous souhaiter pour cette année 2018 à venir ? 

A. C. – Aimer l’autre, avec encore mille nuances. Écrire, à en mourir… (de joie, d’exaltation) comme un qui sent qu’il peut singer l’ombre de l’ombre de quelque chose de parfait.

 

Amandine Glévarec

 

Kroniques.com

La lecture festive

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