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De toutes les richesses

De toutes les richesses

Auteur : Stefano Benni

Éditeur : Actes sud

Année : Juin 2014

Sur la table, une nature morte : un pain entamé, deux tomates, un verre de vin rouge. Une pauvreté digne. Il s’approcha et vit que, à côté du pain, il y avait un cahier noir. Il était rempli de petits chiffres, hiéroglyphes d’un alphabet imaginaire… La vieille aussi écrivait des poèmes, pour elle ou pour les anges, ou pour quelque diable décrypteur, peut-être…
Martin a reçu deux visites ce matin. La première était un scorpion qui est apparu sur le carrelage de sa maison des Apennins. Il l’a tué net, d’un coup de pantoufle. La seconde était Voudstok, le hippy un peu flapi pour qui le temps s’est arrêté à l’époque du paléo-rock. Il vit à un kilomètre à peine, dans une maison rutilante de tags…
Poète, auteur de vers qui vont s’égrainer tout au long du récit, Martin, septuagénaire vénérable, n’a pas manqué de tanner ses étudiants à l’université. Il vit seul avec ses souvenirs et réflexions dans cette maison rustique, recouverte d’une tapisserie de lierre et de glycine, au sommet d’une colline. Devant la maison, un patio panoramique où souvent il rumine, travaille ou s’assoupit sur un canapé en rotin. A l’arrière, une véranda donne sur le bois de chêne et d’érables, siège d’un orchestre philarmonique de bêtes à plumes. Là-haut, la faucille de lune. Celui qui lui tient lieu de compagnon et d’écuyer est Ombra, un gros chien noir, un croisement entre un terre-neuve et un train de marchandises lorsqu’il se jette sur vous pour faire la fête. Ombra, d’une grande élégance morale, connait le dodécalogue du bon chien, surtout le premier et le douzième commandement. –Aime ton maître comme toi-même, -Ton maître n’est pas bizarre, il est humain.
L’univers de Martin : son ami le porc-épic, le dévastateur crêté des potagers. Noir, le corbeau, bec jaune et regard fou, « nevermore, professeur » croassa ce pédant emplumé, -« je voulais juste vous faire réfléchir sur le fait que, avec nevermore, on peut construire un poème, mais dans notre vie quotidienne, il est difficile de dire : -jamais plus. Quoi qu’il en soit, ce sont vos oignons ». Ensuite La couleuvre perfide, détestable, rejetée de tous, un s luisant dans l’herbe mouillée : -« On va s’accoupler, professeur ? Vous quittez votre peau de vieux et vous en prenez une nouvelle, de jouvenceau ? » Ses mots prononcés à voix basse couraient, à peine un murmure. L’animal avait observé la fébrilité de Martin lorsque ce dernier avait épié l’arrivée d’un jeune couple dans la maison voisine.
Elle, trente ans. Michelle. Une ressemblance avec je ne vous dirai pas qui. Se dit actrice et danseuse. Pour le professeur, elle est déjà la blonde Princesse des Blés. Ombra fait mine de dormir mais n’en perd pas une miette. L’autre, Aldo. Héritier de la galerie paternelle. Il peint, mais ne sait pas s’il a un vrai talent. Dans son monde de l’art, plein de paroles nobles mais aussi de chuchotements perfides. Il lui suffit de mépriser les autres. Le Torve le baptise Le-déjà-jaloux. Martin se sentait en sécurité dans son isolement illusoire, il savait ou croyait savoir comment on guérit d’une passion. Et voilà que…
Un bruit, un craquement de branches sur le sol. Une silhouette disparut, un point rouge dans le jaune des feuilles, un coquelicot dans les blés. C’était à nouveau la mystérieuse vieille femme. Elle prenait la direction du lac, le lieu où selon la légende, une jeune fille s’était suicidée…Etrange légende dont il avait entendu plusieurs versions…


Note : 8/10

Babelio

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