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Fais-le pour maman

Fais-le pour maman

Auteur : François-Xavier DILLARD

Éditeur : Fleuve Noir

Année : Mars 2014

Deux ans après la sortie de son premier livre « Un vrai jeu d’enfant » chez le même éditeur, ce jeune auteur s’inspire cette fois d’un fait divers incroyable relatant le coup de couteau donné par une jeune maman sur sa fille aînée et qui demande ensuite à son petit garçon de cinq ans de s’accuser à sa place. S’écartant de la simple narration des faits, l’auteur va s’interroger sur le choc psychologique marquant le petit garçon.
Quarante ans après, nous le redécouvrons, il s’appelle Sébastien, médecin dans une ville de province, veuf et élevant ses deux petites filles. Sa profession l’appelle à s’occuper de jeunes enfants de milieux défavorisés. Certains de ces jeunes patients vont décéder dans des circonstances mystérieuses et le lourd passé de Sébastien va venir à nouveau tourmenter sa vie. L’originalité du récit est dans la narration des faits par la jeune Léa, la fille aînée du docteur qui raconte ce qui se passe autour d’elle, ce qu’elle comprend des choses difficiles et compliquées qui arrivent à son papa et comment l’amour qu’elle lui porte guidera ses pas jusqu’aux actes les plus forts.
Cet excellent thriller psychologique nous permet de vivre le récit par la voix des personnages qui expriment leur propre vécu, baignés par l’atmosphère d’un passé qui revient sans cesse, sans pour autant nous révéler le petit indice qui nous permettrait de saisir un fil de l’intrigue. Noyant les faits avec une surprenante maîtrise et les dissipant dans la troublante description qu’en font ses personnages, l’auteur nous tient en haleine. Sa technique d’écriture maintenant bien rodée est passée dans l’art, non pas de nous mener en bateau, mais de laisser transpirer, de-ci de-là, sa perception d’un sentiment qui ne fera que nous effleurer sans pour autant nous dévoiler l’âme de narrateurs successifs. La tension est bien équilibrée et la dose de mystère nous laisse entrevoir mille et une suppositions. Volontairement ou non, le parler, le vocabulaire, la narration d’un jeune s’apparente facilement au language d’un adulte. Rendant de cette manière la nébulosité de l’intrigue d’autant plus opaque que les personnages font face à un passé aux fragiles assises…
Au travers de ses personnages, l’auteur dissimule des stéréotypes qui sont en réalité placés dans le récit comme d’immenses patinoires propres à faire déraper nos trop rapides conclusions. La description d’adultes sournois et d’enfants rêveurs et trop matures laisse entrevoir des conséquences inattendues. Alors que la réelle déchirure intime de l’un comme de l’autre semble un traumatisme en voie d’être maitrisé, une chute encore plus profonde dans la noirceur béante se profile au gré d’un marionnettiste imaginaire tirant les fils de la folie.
La vengeance sera l’une des cordes tendues par l’auteur pour nous faire trébucher sur nos trop hâtives envies de coller des étiquettes sur ses personnages. Or, la sympathie que nous accorderons à certains s’avérera être en réalité un plat réchauffé par notre fièvre avide de piéger les éventuels coupables, au détriment d’une froide et lucide analyse qui nous révèlerait que derrière une angélique blancheur il n’y a, en réalité, rien d’autre qu’un aura de mystère entourant la noirceur d’esprits machiavéliques qui tentent de nous aveugler pour mieux jouir de la puissance de leur manipulation...

Note : 7/10

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