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L'enfant tombée des rêves

L'enfant tombée des rêves

Auteur : Marie CHARREL

Éditeur : PLON

Année : Mars 2014

« Mamie ne parlait pas des mots bloqués dans ma tête à moi. Elle parlait de ceux coincés dans la gorge de mes parents. Pourtant, Mamie m’a mise en garde. Elle m’a conseillé de ne jamais confier à personne mes idées saugrenues ou l’existence de mon ami Croquebal, l’ogre géant mangeur de mots qui se débarrasse pour moi de ceux que je ne peux dessiner. Une fois mon cerveau expurgé de ce lexique néfaste, je tente de pratiquer l’amnésie volontaire comme mes parents, et c’est pire encore. Plus je m’efforce d’oublier, plus je me comporte bizarrement ».
Dans la vie d’Emilie, adolescente surdouée d’à peine douze ans, le désordre règne en maître. Au collège, elle est la mal aimée, celle qui hérite des pires surnoms et qui est moquée dans la cour de récréation. Alors qu’elle n’a jamais eu besoin des autres enfants pour s’amuser. Sa collection de mots lui suffit. Alors, pour exprimer ce qu’elle ressent et chasser le « balagan », il lui reste la peinture, un formidable exutoire. Pourtant ses œuvres ne cessent d’effrayer ses parents. Elle découvre qu’ils lui cachent un secret terrible, lui mentent sur ses origines. « Les familles ne tiennent debout que grâce aux petits mensonges ordinaires » disait encore sa Mamie. Mais peindre, pour se débarrasser des mots qui l’étouffent, peindre pour raconter ce cauchemar inexplicable et récurrent : un homme tombant d’un balcon.
A force de rechercher dans les journaux, de ressasser les mêmes questions auprès de ses parents, de les tarauder sur les origines de sa naissance, elle découvrira peut-être qu’… ?
À des milliers de kilomètres de là, en Islande, Robert Repac n’entend que le vacarme que produisent les roues sur les gravillons du sentier. Pourtant personne ne vient ici, jamais. A l’exception du facteur. Et de Johann, son plus proche voisin, installé dans une ferme à douze kilomètres de là. Robert a acheté cette maison perdue au bout de la péninsule de Reykjavik : la solitude. La plaine, coincée entre le glacier et l’océan, s’étire sur plusieurs centaines d’hectares où ne poussent pas une herbe, pas une mousse, aucun végétal. S’installer à l’extrémité du monde, au milieu de nulle part, fut la dernière étape de sa fuite. Ici en Islande, personne ne viendrait le chercher. Il a construit son existence comme une poupée russe. C’est ainsi, croit-il, que l’on évite aux ombres passé de tendre leurs pièges sur la route de demain. A chaque poupée une nouvelle vie commence. Et Robert avait pris soin de solidement enfermer le secret qu’il partageait avec Louis dans l’une de ses petites poupées… Robert est animé de l’étrange conviction que la nature a sculpté cet acétique paysage dans l’unique but de rappeler aux hommes que la seule façon de survivre à la brutalité du destin est de l’accepter… La visite de la matinée fera surgir le grain de sable qui empêchera les poupées russes de s’emboiter parfaitement. Quelques heures après, sortie de nulle part, la silhouette de Louis Dorval, son ami d’enfance, traverse la brume d’un pas vif dans sa direction.
D’entrée de récit, Marie Charrel semble avoir été cueillir « Dans le jardin des mots » de Jacqueline de Romilly de pleines brassées de mots choisis. Tant et si bien que son avalanche de vocabulaire, de citations, de définitions, va nous entrainer sur la pente, oh combien enivrante, de l’exploration de l’âme humaine, de l’incompréhension et de la difficulté d’exprimer le passé, du désastre des non-dits…

Note : 7/10

Babelio

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