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La confrérie des chasseurs de livres

La confrérie des chasseurs de livres

Auteur : Raphaël Jerusalmy

Éditeur : Actes sud

Année : Août 2013

Les meilleurs livres qui soient ont souvent un triste sort. Ils tombent aux mains de nigauds qui s’étonnent qu’on puisse perdre son temps à les lire, et encore bien plus qu’on veuille les acquérir pour argent comptant. Et c’est ainsi que la connaissance circule et se répand, d’un larcin à l’autre, de faillite en héritage. Au grand bonheur des libraires.
Louis XI le Prudent, roi rusé à la diplomatie retorse charge l’évêque de Paris de soustraire à la pendaison François Villon. Ce jeune poète, brigand notoire attend sa dernière heure au fond d’un cachot à la paroi suintante. L’ecclésiastique Guillaume Charlier sait partager avec François une passion vive et intense pour tout ce qui touche aux livres. Il ralliera le jeune poète par la présentation d’un bien mystérieux ouvrage. La reliure en est grossière, une peau de truie dépourvue de tout ornement. Le titre est manuscrit au dos en caractère gras : ResPublica.
– Le Saint-Siège veut interdire cette publication à tout prix.
François devra, par ruse, enjoindre un vieil imprimeur originaire de Mayence, Johann Fust, de venir s’installer à Paris pour faciliter la circulation des idées progressistes réprouvées par Rome.
Bandits et libraires empruntent les mêmes canaux clandestins pour faire circuler leurs marchandises à l’insu des censeurs et des gendarmes. De ce fait, c’est à un brigand de la bande des Coquillards, nommé Colin de Cayeux, qu’a été confiée la mission de suivre les faits et gestes de Johan Fust. Il l’espionne depuis des mois, révèle l’évêque. Colin est un ronchonneur qui jouit de sa constante mauvaise humeur. Il s’y prélasse comme un cochon dans le purin. Il jure il crache, tape du pied, hausse les épaules, cherche constamment la bagarre, dominant Arabes, Génois et Perses d’au moins une tête.
L’auteur, Raphaël Jerusalmy réunira nos deux compères pour les mener à investiguer auprès d’une mystérieuse confrérie secrète, loin de Paris. « Il n’y a plus que les juifs et les poètes pour se tourner encore vers Jérusalem, tels les clients attardés d’un lupanar qui en saluent respectueusement la tenancière flétrie par les ans. Car, pour eux, le destin de Jérusalem n’est point gravé dans les guerres mais dans les textes, les Ecritures. C’est une ville non tant bâtie de pierres et de briques que maçonnée de palabres et de rêves. Alors que « la Jérusalem d’en haut sommeille paisiblement », la Confrérie des chasseurs de livres nous entraine dans les méandres de la Jérusalem d’en bas…
L’auteur maintient tout long de son récit un suspense équilibré entre les différentes rencontres et les découvertes des lieux du savoir ou les manigances foisonnent. « A quoi bon inonder la place de traités de science et de philosophie, si ce sont les clercs et les princes qui décident de ce qui sera lu. Et de ce qu’on doit penser » maugrée Villon. Villon le sait mieux que tout autre. Ses propres vers sont soit applaudis, soit mis au ban par seigneurs et bourgeois, selon que leurs accents mutins les agacent ou les amusent. Ce qui compte désormais, c’est un fait d’armes qui le rende à nouveau maître de sa destinée. Un poème fracassant, quelque cuisant méfait, une escroquerie de haute volée ? Grâce à quel testament François de Montcorbier, dit Villon, entrera-t-il dans la légende ?

Note : 8/10

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