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La femme de nos vies

La femme de nos vies

Auteur : Didier Van Cauwelaert

Éditeur : Albin Michel

Année : Mars 2013

Dans le contexte historique de l’Allemagne nazie en 1941 nous découvrons l’élimination de ce que Hitler appelle « les bouches inutiles » : les attardés mentaux, les épileptiques, ceux que l’on n’appelait pas encore à l’époque les autistes. Dans le même temps, Hitler décide de la création d’écoles de surdoués, pour que les enfants à l’intelligence précoce soient élevés en batterie et développent leurs capacités au service du Reich. Le héros va se retrouver, lui, dans ces deux catégories. Or, la jeune Ilsa Schaffner dirige une de ces écoles de surdoués. Elle fera passer le jeune David pour surdoué. Et lui, que l’on prenait pour un débile parce qu’il ne parlait pas aux humains, lui, ce petit garçon de ferme qui ne parlait qu’aux vaches et aux veaux, va voir le regard des autres changer dès le moment où l’on va décréter qu’il est surdoué.
L’héroïne, Ilsa Schaffner, est une allemande qui a d’abord adhéré au nazisme en prenant, comme 95% des professeurs et des élèves de la Haute école technique de Berlin, sa carte du parti national socialiste après le discours tenu par Hitler dans son école. Ensuite, comme beaucoup d’allemands, elle se rend très vite compte des délires de ce fou furieux, triste personnage qu’ils avaient porté au pouvoir.
Le destin du héros et narrateur, David Rosfeld, transforme ce récit en véritable roman d’aventure. Il a treize ans quand Ilsa déboule dans sa vie et le sort de cet hôpital psychiatrique, antichambre des chambres à gaz. Envoyé en mission par Ilsa Schaffner, il quittera le Reich et rencontrera en Amérique un Einstein, assez inattendu, dont Ilsa fut l’élève. Le savant s’était exilé aux Etats-Unis à l’arrivée des nazis au pouvoir. Le voyage de David, organisé par les services-secrets, en sous-marin, se poursuivra jusqu’à Long Island. Là, il découvrira qu’Einstein, le plus grand physicien au monde, est une sorte de vieillard précoce mis au ban de la société, abandonné par tout le monde alors qu’il s’était mis au service des Etats-Unis en guerre. On l’affecta à la simple réalisation du design d’une nouvelle torpille pour l’US Navy. Simplement parce qu’il est soupçonné par le patron du FBI, Edgard Hoover, d’être un agent soviétique. Lui, grâce à qui les Etats-Unis décidèrent de construire cette bombe après la lettre qu’il adressa au Président Roosevelt, disant : « Attention, les Allemands la construisent. La mort dans l’âme, vous devez vous aussi, pour éviter la destruction, construire cette bombe. »
Il ne reçut pas de réponse à cette lettre, et pensa qu’elle n’avait pas été prise au sérieux. En réalité les américains construisaient la bombe atomique en secret. Il reste le seul à ne pas être au courant. Tous ses amis lui mentent. Celui qui viendra lui dire la vérité c’est ce petit David Rosfeld qu’on lui envoie. Il verra tout de suite que ce gamin n’a rien d’un surdoué de la physique. Mais il va s’arranger pour qu’il le devienne et va lui payer des études à Princeton. A partir de là commence le destin formidable qui va lier ces deux hommes. David entre dans le manque paternel que connait Einstein dont l’un des fils est interné pour schizophrénie. Alors que lui a lui échappé à cet enferment parce qu’on l’a transformé en surdoué pour lui sauver la vie, ce qui va profondément toucher Einstein.

Romancier et auteur de pièces de théâtre, Didier Van Cauwelaert a reçu le Prix Goncourt en 1994 pour « Un aller simple ».

Note : 7/10

Babelio

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