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La septième nuit de Venise

La septième nuit de Venise

Auteur : Thierry Maugenest

Éditeur : Albin Michel

Année : Mars 2014

Hiver 1727. Pourtant armée de puissants moyens techniques et financiers, Venise craint de tomber entre les mains de la puissante Turquie. Mais voilà longtemps que l’âme des premiers Vénitiens s’est dissipée dans les danses du Carnaval. Venise redouble d'insouciance, sombre dans les excès en tous genres, revêt mille masques, vivant six mois par an au rythme d'un carnaval. Partout les orchestres jouent des rigodons, et des saltarelles tandis que les danseurs et équilibristes prennent possession des places de la ville. Tandis qu’au cœur de la ville, au sein des palais à l’architecture secrète, si chère au Vénitiens, qui fait de cette cité un décor de théâtre regorgeant de couloirs dissimulés derrière des boiseries, de portes dérobées et de miroirs sans tain, affaires, rencontres et complots tissent une trame aux liens inextricables. La duplicité et le mensonge règnent ici en maîtres et les hommes et les femmes de tout rang se cachent derrière des masques.
Sur les campos la fête bat son plein. La plus grande partie du public est constituée de jeunes gens de bonne famille, Français, Anglais, Espagnols, ou Autrichiens qui accomplissent leur Grand Tour, et qui, attirés par l’art et les plaisirs libertins, rapporteront de Venise des livres, des tableaux, et parfois des maladies honteuses.
Zorzi Baffo, est membre de la « Quarantia criminale », toujours aux basques d’une courtisane ou d’un criminel, auteur à ses heures de contes érotiques. Son adjoint, un certain Carlo Goldoni qui, bien avant de faire triompher la comédie italienne à la cour de Louis XVI, est enquêteur adjoint dans la police criminelle de Venise. L’exubérance du caractère de Carlo, comme la désinvolture de ses manières témoignent de l’insouciance de cet être qui traverse l’existence comme si elle se déroulait sur la scène d’un théâtre. N’avait-il pas écrit à ses parents, pour les rassurer, leur expliquant que si le métier d’acteur était mal vu, les comédiens étaient cependant de très honnêtes gens, beaucoup plus estimables selon lui que les esclaves de l’orgueil.
Ils progressent difficilement au milieu de cette foule dense, bigarrée. Masques d’Arlequin, vieilles femmes édentées ou encore des déguisements constitués d’un faux nez crochu ou de moustaches postiches. A plusieurs reprises ils doivent repousser les avances de courtiers d’amour qui proposent au plus offrant le nom et l’adresse de telle patricienne ou noble dame à la recherche d’un amant.
Une invention tenue secrète, destinée à révolutionner la navigation, est l'objet de toutes les convoitises.
Ottavius Frago, un mercenaire vénitien tente de s'en emparer, avec pour mission d'enlever les scientifiques venus travailler dans la Sérénissime et de leur arracher les plans de la fameuse invention.
Mais Mateo Brandi, ce haut dignitaire de la République veille au grain. Il est tout d’abord apparu aux yeux de Carlo comme un être déterminé et pragmatique. Mais le jeune homme n’a pu s’empêcher d’imaginer ce Mateo sous les traits d’un personnage de comédie à la poursuite d’une chimère…
Un roman très libertin et très vénitien, inspiré par la jeunesse vorace et trépidante de Carlo Goldoni, que tout amoureux de Venise lira avec l’éternelle nostalgie de ses découvertes antérieures. Bruits des ruelles, ombres des Palais sur le Grand Canal, les miroitements des lumières sur la Lagune. Le rêve se poursuivant sur la terrasse de la Bottega del Café de Floriano Francesconi…

Note : 7/10

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