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Le chardonneret

Le chardonneret

Auteur : Donna Tartt

Éditeur : PLON Feux Croisés

Année : 2014

Vingt ans après son entrée fracassante sur la scène littéraire internationale, l’auteure est restée marquée et émue par l’irresponsable et absurde destruction des bouddhas de la falaise de Bâmiyân, destruction annonciatrice de la vague de terreurs entourant le 11 septembre.
Relayant ainsi le crime atroce qu’est la destruction d’une chose qui ne devrait jamais mourir, l’Art, Donna Tartt nous offre un nouvel ouvrage captivant, à la fois un roman d’initiation à la Dickens et un thriller éminemment moderne mettant en scène une œuvre d’art, « Le Chardonneret ». Il s’agit d’une œuvre du Maître hollandais Carel Fabritius, l’un des Maîtres de Vermeer, qui mourut à Delft en 1654 lors de l’explosion d’une poudrière qui détruisit en partie la ville.
Theo Decker a treize ans et souffre d’un choc post-traumatique causé par une énorme explosion alors qu’il se trouve avec sa mère dans un musée New Yorkais. C’est l’hécatombe, tout est détruit, des gens meurent autour de lui… Il chancelle tel un ivrogne à travers les décombres, serpentant et se frayant péniblement un chemin sinueux. Alors qu’il fuit les lieux de l’attentat, un vieil homme, croisé quelques instants auparavant en compagnie d’une jeune fille, (instantané très bref, transparence d’une feuille d’automne, des sourcils couleur rouille, des yeux bruns couleur de miel et la chevelure d’un roux flamboyant),… ce vieil homme mourant, lui remet en main un tableau, l’enjoignant d’emporter la toile de maître minuscule, envoûtante… une huile sur toile infiniment précieuse. Les oreilles de l’enfant bourdonnent, il risque de dériver à nouveau vers l’inconscience lorsque le vieillard, tirant sur son index, enlève une bague, une lourde bague en or ornée d’une pierre sculptée, « Hobart & Blackwell » gargouille-t-il…
Devenu orphelin, il part à la recherche de familles de remplacement. La première est très aisée et vit à New York. D’un autre monde que le sien, il ne s’y sent pas à son aise. Il est finalement retrouvé par son père au passé peu glorieux et qui fréquente les maisons de jeu à Las Vegas. Théo va fuir ce monde artificiel et revenir à New York, toujours avec son talisman, la petite peinture. D’un côté le monde du factice qu’il a connu à Las Vegas, de l’autre cet objet vrai, beau, authentique qui ne le quitte jamais…
Tour comme l’oiseau du tableau qui est emprisonné par une chainette, le jeune Theo est enchainé bien malgré lui à son passé, ne parvenant pas à se débarrasser de ce terrible secret qui l’angoisse et le torture au plus profond de son être.
New York – Las Vegas - Amsterdam. Quatorze ans d’errance plus tard, cloîtré dans une chambre d’hôtel d’Amsterdam comme une bête traquée, qu’est devenu le jeune garçon qui visitait des musées avec sa mère et menait une vie de collégien ordinaire ?
Pourquoi être bon dans la vie ?
Pourquoi cette œuvre d’art lui parle-t-elle ?
« J’aimerais croire à une vérité au-delà de l’illusion, mais j’en suis venu à la conclusion qu’il n’y en a pas. Parce que, entre la réalité d’un côté et le point où l’esprit la heurte de l’autre, il y a une zone intermédiaire, un liseré irisé où la beauté vient au monde, où deux surfaces très différentes se mêlent en une masse indistincte pour offrir ce que n’offre pas la vie ; et c’est l’espace où tout l’art existe, et toute la magie » s’exprime Theo.
« L’art et rien que l’art, nous avons l’art pour ne point mourir de la vérité ». (Nietzsche)

Donna Tartt, Prix Pulitzer 2014.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt

Note : 8/10

Babelio

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